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Portfolio Bienvenue au Kaléidoscope

Accueillir et sensibiliser au handicap

 

REPORTAGE / Créer des passerelles grâce aux loisirs entre le milieu ordinaire et le milieu spécialisé

 

PORTFOLIO/ Bienvenue au Kaléidoscope

 

PAROLES D’ELU.E.S /Des loisirs inclusifs avec le Kaléidoscope

 

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Situé à Monteux (84), le Kaléidoscope est un accueil de loisirs sans hébergement (ALSH), géré par Léo Lagrange Méditerranée, réservé aux enfants de 6 à 11 ans présentant des troubles du spectre de l’autisme (TSA). En 2014, il a ouvert ses portes cinq jours pendant les vacances de printemps, dix pendant l’été et cinq aux vacances d’automne. « Nous faisons de l’animation au sens traditionnel du terme en direction d’enfants présentant des troubles du spectre de l’autisme », explique Jérôme Leyssard, directeur du Kaléidoscope à son ouverture.  « Nous les amenons vers le loisir traditionnel, auquel ils n’ont pas accès habituellement. »

© Photos Benjamin Géminel

  • Au Kaléidoscope, rien, ou presque, ne s’improvise. L’emploi du temps est structuré afin d'offrir des repères temporels aux enfants, tout en étant suffisamment flexible afin de respecter les rythmes de chacun. « Tous les matins, nous commençons par expliquer à chaque enfant son planning de la journée, qui se présente sous forme d’images. Chaque enfant a les siennes », explique Solène, animatrice. « L’objectif est de lui donner des repères dans le temps et de prévenir les changements, sources d’angoisses. »

  • Ce dispositif rassure l’enfant mais favorise également son autonomie. Il permet notamment à l’enfant sans langage verbal d’exprimer, à l’aide d’images, une demande, un commentaire compréhensibles de tous. Certains enfants, comme Ruben ou Mathéo, disposent également d’un minuteur qui leur permet de visualiser la durée d’une activité et de diminuer les troubles de l’attention ou l’instabilité motrice.

  • « Le minuteur a un rôle de régulateur. Il aide les enfants à se motiver et à se concentrer sur un temps de jeu », précise Laurie Centelles, coordinatrice pédagogique du Kaléidoscope et docteure en sciences cognitives. Mathéo sait qu’après avoir joué avec sa tablette numérique, activité qu’il apprécie particulièrement, ce sera le moment de manger !

  • Ici, la patience est une qualité souveraine. La règle est un animateur pour un enfant, un espace pour une fonction. Tout est très structuré, rien n’est laissé au hasard.

  • Le Kaléidoscope, au même titre qu’un accueil de loisirs classique, est un lieu important pour la socialisation. Tout en maintenant une continuité avec une approche éducative structurée, l’enfant accueilli sort de l’accompagnement spécialisé pour s’adonner aux jeux et aux loisirs comme un enfant ordinaire. « Notre objectif est de soutenir l’autonomie et la socialisation des enfants», explique Laurie.

  • Qu’il s’agisse de développer l’autonomie dans les gestes de tous les jours ou de soutenir les habiletés sociales, le corps en action est le fil conducteur des loisirs éducatifs proposé au Kaléidoscope. « S’habituer à côtoyer d’autres enfants, d’autres adultes, apprendre à jouer et à partager des plaisirs récréatifs avec les autres enfants, ce sont autant de pas importants vers la socialisation », poursuit Laurie.

  • « Un autre objectif sous-tend notre action. Nous essayons de les amener vers de nouveaux centres d’intérêts. » Des intervenants issus de disciplines tant sportives qu’artistiques sont ainsi sollicités.

  • Il faut savoir adapter les activités au handicap de l’enfant. L’animateur prépare beaucoup plus d’activités qu’à l’accoutumée étant donné la faible capacité de concentration des enfants et leurs difficultés à jouer spontanément seul ou entre pairs. Les temps collectifs se construisent progressivement : durant les repas/goûters, jeux en parallèle ou au cours d’activités de loisirs inclusifs en partenariat avec les enfants « ordinaires » de l’accueil de loisirs de l’Ecole de la nature, situé de l’autre côté de la rue. « Ce n’est pas tout le temps facile mais la relation que l’on noue avec l’enfant est très particulière, très forte », raconte Mickaël, animateur.

  • « Le jeu n’est pas spontané pour des enfants présentant des troubles du spectre de l’autisme », explique Laurie. « Souvent, nous leur proposons une activité de jeu traditionnel puis une activité qui cible un intérêt particulier de l’enfant. Les enfants ont tendance à effectuer des mouvements répétitifs en boucle (stéréotypies envahissantes). Nous essayons de les sortir de cet univers-là en les stimulant socialement : notre défi est d’être motivants pour eux.

  • Aujourd’hui, Sloane, 13 ans, participe à un temps d’inclusion. En amont, Laurie est allée à la rencontre des enfants de l’accueil de loisirs de l’Ecole de la nature pour décrire la personnalité de Sloane et leur expliquer comment interagir avec elle. Laurie leur donne des clés pour qu’ils se sentent à l’aise en sa présence et que l’activité se déroule de manière fluide. Elle leur explique par exemple que Sloane ne parle pas spontanément mais qu’elle répète les mots et qu’elle comprend ce qu’on lui dit.

  • « Ce qui compte dans ce temps d’inclusion est que l’animateur-référent soit présent », précise Laurie. Avant de se rendre à l’atelier de confection de sablés, Sloane a étudié avec Mickaël, son animateur-référent, les images qui illustrent les différentes étapes de la réalisation d’un sablé. « Ce sont des penseurs en images, pas en concept », rappelle Laurie.

  • « Sloane, viens ! », lance une petite fille en train de pétrir la pâte des sablés. « On commence ! » Sloane semble ravie d’être au milieu d’autres enfants de son âge. « Les temps de loisirs proposés en ALSH adaptés aux besoins des enfants présentant des troubles du spectre de l’autisme ne sont pas suffisamment développés. C’est d’ailleurs le cas pour tous les enfants en situation de handicap », explique Laurie. « Permettre à ces enfants d’accéder à des structures comme le Kaléidoscope est un tremplin vers les loisirs inclusifs dans des structures de loisirs classiques. L’objectif du Kaléidoscope est d’être ce trait d’union qui prépare l’enfant et qui accompagne les équipes d’animation. »

  • « Les propositions de loisirs à destination des enfants présentant des troubles du spectre de l’autisme se réduisent aux associations de parents », explique Jérôme. « Trois ALSH existent en France à l’initiative des parents ou de services médico-sociaux. Le Kaléidoscope est ainsi la première structure de loisirs portée par une Fédération d’éducation populaire. »

  • « Souvent pour les enfants présentant ce type de troubles, tout est envisagé par le seul prisme de l’éducation spécialisée », poursuit Jérôme. « Ici, nous faisons de l’animation au sens traditionnel. Seul le public diffère. Nous souhaitons les emmener vers un horizon qu’ils ne connaissent pas, auquel ils n’ont pas accès. »

  • « C’est une première pour moi », explique Solène. « C’est une très belle nouvelle expérience, à la fois enrichissante et formatrice !» Avant l’ouverture de l’ALSH, l’équipe d’animation a été sensibilisée aux troubles du spectre autistique, accompagnée dans l’utilisation d’outils éducatifs et soutenue dans un travail de régulation par une psychologue dans la phase de préparation et pendant la période des vacances.

  • Les familles sont également très impliquées. Une rencontre entre la famille et la coordinatrice est préalable à l’inscription pour faire connaissance avec l’enfant et comprendre son profil et ses besoins (niveau d’autonomie, centres d’intérêt…). Chaque famille reçoit un cahier d’accueil avec la photo du futur animateur-référent, de toute l’équipe et des espaces de loisirs pour préparer l’enfant avant sa venue.

  • « Venir au Kaléidoscope permet à Ruben de rompre avec la routine. Il rencontre de nouveaux intervenants, vit de nouvelles expériences », explique Madame Santos, mère de Ruben. « Il se sent bien ici ! » Le soir, chaque animateur fait un retour oral aux parents sur la journée et les activités, suivi d’un rapport rédigé par la coordinatrice après chaque session de vacances. « Nous leur racontons aussi bien les moments forts que les comportements-problèmes », explique Laurie. « L’existence de ce type de structure permet aussi de proposer aux familles des moments de répit réguliers. »

  • « C’est important de faciliter l’accueil des enfants porteurs de handicap à des structures d’accueil de loisirs », avance Joël Contis, directeur de Léo Lagrange Méditerranée. « Etre en capacité d’accueillir ces enfants au sein de nos structures passe évidemment par la formation. » Depuis 2014, Campus Léo Lagrange en partenariat avec Léo Lagrange Méditerranée propose quatre formations autour de l’accueil du public en situation de handicaps, en particulier le handicap cognitif tel que les troubles du spectre de l’autisme.


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