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Coup de projecteur sur Léo Lagrange Formation

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A l’occasion du 25e Congrès Léo Lagrange, la formation professionnelle et l’insertion, champ d’activité qui concerne 15 % des salariés Léo Lagrange, a été mise à l’honneur à travers la diffusion d’un film « Les métiers de Léo Lagrange Formation » et la tenue d’une table ronde sur l’évolution des métiers de la formation professionnelle et de l’insertion. François Rebsamen, ministre du travail, de l’emploi, de la formation professionnelle et du dialogue social s’est ensuite adressé aux congressistes.

« L’objet de ce film est de présenter ce qu’est l’activité formation et insertion à Léo Lagrange », introduit Gérard Brédy, directeur de Léo Lagrange Formation. Ce film met ainsi en avant les métiers de la formation professionnelle et de l’insertion ainsi qu’un certain nombre de situations professionnelles caractéristiques. Au-delà des professionnels, les stagiaires ont également voix au chapitre. Le monde de la formation professionnelle et de l’insertion peut sembler difficile d’approche de par sa technicité et sa complexité, ce film vise avant tout à donner de la lisibilité au travail quotidien des professionnels qui œuvrent dans ce champ d’activité.

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Après la diffusion de ce film sur les métiers de Léo Lagrange Formation, la table ronde sur les métiers de la formation professionnelle et de l’insertion a débuté en présence de Philippe Meirieu, vice-président de la région Rhône-Alpes, chargé de la formation tout au long de la vie et professeur à l’Université Lumière Lyon 2, Sabry Hani, administrateur Léo Lagrange, et Jeanine Chapot, directrice de l’institut Léo Lagrange IFRA.

La formation, une relation de transmission et d’émancipation
Sabry Hani lance la table-ronde en tentant de définir ce qu’est l’acte de formation. « C’est d’abord et avant tout, un acte éducatif. C’est le dénominateur commun de nos différents métiers au sein de Léo Lagrange. Comme l’éducateur, comme l’agent de développement, comme l’animateur socio-culturel, ce qui nous intéresse au fond c’est de construire le raisonnement critique du citoyen, c’est de l’outiller pour qu’il ait une vie meilleure. »

« La particularité de Léo Lagrange Formation est que nous ne sommes pas une boîte de formation comme les autres. Pourquoi ? Parce que nous avons un supplément d’âme », ajoute Sabry Hani. Les instituts de formation Léo Lagrange se sont dotés d’un label commun, Léo Lagrange Formation. Ce label est le vecteur d’une vision partagée : il s’agit de donner à chacune et chacun des stagiaires une possibilité d’épanouissement et lui permettre d’acquérir les connaissances et compétences nécessaires à l’accès à la qualification et à l’emploi. « La formation, ce n’est pas l’inculcation de compétences standardisées, c’est l’instauration d’une relation qui est à la fois de transmission et d’émancipation. C’est au cœur des valeurs que porte l’éducation populaire », ajoute Philippe Meirieu.

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Une éthique d’intervention
Les dix instituts de formation Léo Lagrange s’adressent à tous les publics fragilisés : jeunes en rupture avec le milieu scolaire, parental ou professionnel, adultes privés d’emploi, sans qualification, isolés… Les instituts mènent des actions d’accompagnement et des formations qui permettent de reprendre pied dans la société et/ou dans la vie professionnelle, de développer l’autonomie et de définir des projets d’avenir. Une éthique d’intervention pas toujours aisée à mener mais indispensable pour ne pas réduire l’offre de formation à une simple vente de prestation.

« Pourquoi en formation, en animation et dans tous les domaines, on tend de plus en plus à confondre les objectifs et les préalables. Oh toi qui rentres à l’école, tu serais tellement mieux si tu étais déjà éduqué. Oh toi qui rentres en formation, ce serait tellement plus facile si tu étais déjà formé. Oh toi qui rentres dans tel stage, ce serait tellement mieux si nous étions assurés que tu seras présent tous les jours, que tu es capable de coopérer avec tes semblables. Nous avons tendance à mettre comme prérequis et comme préalable ce qui est l’objectif même que l’on doit se donner », témoigne Philippe Meirieu. « Nous sommes ici dans une autre conception de la formation, qui prend des risques, qui accompagne des personnes qui sont parfois accidentées dans leur existence, leur parcours, qui les accompagne en leur faisant confiance et en pariant que cette confiance va avoir sur eux un effet positif de construction. »

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L’émancipation comme ligne d’horizon
Philippe Meirieu est revenu sur la fonction émancipatrice de la formation, un modèle de formation défendu par Léo Lagrange Formation. « C’est une formation qui transmet et qui ne lâche rien sur les contenus de transmission, mais qui ne confond pas la simple transmission des contenus de formation avec une véritable formation émancipatrice. Emanciper, c’est permettre aux gens d’être partie prenante dans leur formation, c’est leur permettre de comprendre ce qu’ils acquièrent, de réfléchir sur ce qu’ils font, d’en parler entre eux, de s’inscrire dans un collectif. »

Philippe Meirieu a, par ailleurs, ajouté qu’il n’y avait pas d’opposition entre la professionnalisation et l’engagement militant. Selon lui, c’était l’une des choses qui se dégageait notamment du film. « Je dois même dire que ce qui me paraît le vecteur d’une vraie professionnalisation, pas techniciste mais émancipatrice, c’est précisément l’engagement militant tel que l’éducation populaire, que vous incarnez et dont vous êtes, le formalise. »

Tout le paradoxe de la formation professionnelle est d’être à la fois un domaine technique tout en gérant de l’humain. Existe-t-il des indicateurs qui permettent d’évaluer qu’un stagiaire est sur le chemin de l’émancipation ? « Nous sommes dans un champ technique et nous sommes très encadrés par les commandes qui nous sont énoncées […]. Mettre en œuvre la commande en y donnant le sens de l’action que nous devons avoir au quotidien, c’est un vrai savoir-faire et c’est déjà un bel indicateur pour nous », explique Jeanine Chapot. « Maintenir notre professionnalisme comme vecteur du sens de l’action, c’est vraiment résister à cette facilité qui serait que le résultat de notre action serait uniquement visible par les acquis. Chacun des stagiaires qui a compris, qui va donner du sens à un acquis et qui va ensuite savoir comment l’utiliser, là, c’est un indicateur de réussite pour nous ! »

A l’obligation de résultats préférer l‘obligation de moyens
« Permettez-moi de porter une revendication forte », rebondit Sabry Hani en s’adressant à Philippe Meirieu. « Comment voulez-vous que les commanditaires puissent financer sans logique de sécurisation à long terme et que l’on puisse accompagner des personnes dans le long terme ? Autrement dit, comment voulez-vous que, dans nos instituts de formation, nous soyons parfois conduits à nous interroger sur la précarité de nos intervenants alors qu’eux-mêmes accompagnent des précaires ? »

« Nous faisons un effort pour sécuriser les organismes de formation et éviter cette précarité », répond Philippe Meirieu. « Nous sommes néanmoins dans une difficulté importante aujourd’hui : l’argent public est rare. Par ailleurs, les citoyens que nous sommes, avons légitimement envie que cet argent public soit le mieux utilisé possible, que le contrôle de cet usage soit le plus rigoureux. En même temps, et j’en ai parfaitement conscience, nous travaillons dans les métiers de l’humain qui ne sont pas des métiers de la fabrication mais des métiers de l’accompagnement, (…) cela nécessite que l’on fasse confiance et que des organismes de formation puissent dans la durée ne pas être astreint à une sorte d’obligation de résultats permanents. »

« L’injonction à l’égard des organismes de formation ne peut pas être l’obligation de résultats, mais bien l’obligation de moyens. Le problème c’est que nous ne savons pas complètement et très bien la mettre en œuvre aujourd’hui. Nous n’avons pas nécessairement construit en commun les indicateurs permettant de repérer si cette obligation de moyens est bien mise en œuvre. Le problème est aussi que l’obligation de moyens n’est pas une manière de niveler par le bas mais c’est en réalité une exigence encore plus forte que nous donnons pour nous mettre au service de la dynamique des personnes et de leur possibilité à la fois de s’instruire et de s’émanciper. »

Cela passe souvent par des petites mesures, des « clapets techniques ». Philippe Meirieu cite notamment le passage de la rémunération à l’heure stagiaire à la rémunération à l’heure groupe. « Cela change aussi des choses dans la philosophie. C’est passer d’une rémunération où finalement l’organisme de formation est incité à prendre les gens dont il est sûr qu’ils seront là tous les jours à une prise de risque possible. On sait que l’on n’est pas égorgé s’il y a des absents. On pourra continuer à travailler et à prendre des risques avec des personnes qui seront un peu plus en difficulté. »

« Alors, on pourrait imaginer un système national plus ambitieux qui ne soit pas simplement une succession de clapets techniques qu’utiliseraient les collectivités territoriales ou les commanditaires mais qui soit une autre conception de l’idée de formation. Peut-être que cela est en train d’émerger. On attend un décret sur ce qui va s’appeler l’habilitation qui doit être l’une des applications de la loi du 5 mars 2014.» (Cf. Encadré)

Philippe Meirieu a, par ailleurs, rappelé l’importance de la construction d’un projet professionnel. Une formation ne peut pas se limiter à une juxtaposition de compétences. Elle doit permettre la construction d’un projet professionnel « qui est indissociablement un projet professionnel, personnel et politique au sens le plus noble du mot politique c’est-à-dire un projet qui permet d’occuper une place dans la cité et d’être reconnu à sa place dans la cité. »

Tous les acteurs de la formation professionnelle doivent travailler dans ce sens, un travail collectif qui nécessite une politique publique de la formation ambitieuse. « Nous, les collectivités territoriales, ne pourrons rien faire seuls sans les organismes de formation, sans ceux qui, comme vous, ne sont pas simplement des marchands de formation mais sont des porteurs de valeurs que nous considérons comme structurantes de la formation et en particulier entre le lien de transmission et d’émancipation. Et oui, pour cela, nous avons besoin d’un appui, d’une initiative, d’une impulsion et de textes réglementaires que l’Etat va probablement nous proposer incessamment sous peu. »

Intervention d’Yves Blein, vice-président de la Fédération Léo Lagrange
« Pour la Fédération Léo Lagrange, la formation professionnelle est une composante essentielle du progrès humain. Nous nous inscrivons à ce titre dans une conception de la formation tout au long de la vie pour une sécurisation des trajets professionnels des salariés et des parcours des demandeurs d’emploi, particulièrement les plus vulnérables. »

Les instituts de formation de la Fédération Léo Lagrange interviennent principalement dans le cadre des politiques publiques de formation et d’insertion comme tous les organismes de même nature. « Nous avons dû et devons toujours faire face aux turbulences de ce secteur d’activité : appels d’offre de plus en plus contraignants et modalités de contractualisation très diverses, disparités très fortes entre les régions et les financeurs, prégnance de la concurrence et parfois dumping éhonté dans les contractualisations, priorité souvent donnée aux moins-disant, parfois au détriment de la qualité… Il nous faut ajouter à cela la finalisation toujours en cours du transfert de compétences entre l’Etat et les régions qui crée une instabilité permanente. » Yves Blein a également souligné les situations parfois incompréhensibles dans lesquelles se trouvent les instituts de formation notamment en matière de prescription.

Cependant, il a aussi mis en avant la loi du 5 mars 2014 relative à la formation professionnelle, à l’emploi et à la démocratie sociale. « Pour nous, à la Fédération Léo Lagrange, quand nous entendons parler de comptes personnels de formation, de contrat d’évolution professionnelle, de mutualisation des fonds pour les demandeurs d’emploi, de priorités de formation en direction des salariés de bas niveau de qualification, de développement de la formation dans les très petites entreprises, de simplification des flux et des circuits financiers, nous sommes vraiment tentés de dire, chiche ! Nous considérons tout à fait positif de remettre en question les fondements de la formation professionnelle et surtout de faire évoluer les esprits au sein des entreprises. Il nous faut maintenant passer d’une obligation de payer à une obligation de former. »

Yves Blein a conclu en évoquant la place et le rôle des acteurs de l’économie sociale dont font partie la Fédération Léo Lagrange et ses instituts de formation. « A ce titre, nous avons accueilli tout à fait favorablement dans la loi sa partie démocratie sociale, car elle répond pour nous à des revendications que nous portons depuis plusieurs années notamment en ce qui concerne la représentativité des acteurs et des organisations de l’économie sociale. »

Intervention de François Rebsamen, ministre du travail, de l’emploi, de la formation professionnelle et du dialogue social
François Rebsamen a introduit son propos en rendant hommage à Léo Lagrange et à Pierre Mauroy puis en revenant sur l’engagement de la Fédération Lagrange et sur l’acuité de l’éducation populaire aujourd’hui. « Populaire veut dire pour tous. C’est l’autre nom de l’universel. Votre engagement n’est pas une affaire de mot, loin de là. Mais, c’est un geste fort d’avoir continué de parler d’années en années et ce, depuis plus de 60 ans, d’éducation populaire. Votre Fédération a une fidélité à cette expression qui traduit une fidélité à l’égard de votre histoire, des valeurs de votre fondateur. […] Mais si vous continuez de parler d’éducation populaire, c’est surtout parce que l’expression, je le crois, a conservé tout son sens et toute son actualité.»

François Rebsamen a ensuite évoqué la formation professionnelle et la mutation que connaît actuellement ce secteur. « Les salariés et les chômeurs bénéficieront au 1er janvier 2015 de nouveaux droits qui seront matérialisés dans le compte personnel de formation. La formation permet la mobilité sociale, l’amélioration des conditions de travail, elle permet au demandeur d’emploi de se présenter avec un atout véritable sur le marché du travail : sa formation. Ce compte personnel de formation suivra le salarié tout au long de sa vie même s’il y a des périodes de chômage. »

François Rebsamen a conclu en déclarant que la Fédération Léo Lagrange faisait « partie intégrante de l’histoire sociale de notre pays. »

Site web picto En savoir plus sur la loi du 5 mars 2014 sur la formation professionnelle, l’emploi et la démocratie sociale: vie-publique.fr
Un nouveau décret d’application de la loi du 5 mars 2014 sur la formation professionnelle, l’emploi et la démocratie sociale a été publié au Journal officiel du 23 novembre 2014. Ce décret n°2014-1390 du 21 novembre 2014 est relatif à la procédure d’habilitation par les Régions d’organismes chargés d’actions d’insertion et de formation professionnelle.

Pris en application l’article 21 de la loi du 5 mars 2014 qui redéfit les compétences des Régions en matière de formation professionnelle, ce décret permet à celles-ci d’habiliter des organismes pour mettre en œuvre des actions d’insertion et de formation professionnelle destinées aux jeunes et aux adultes rencontrant des difficultés d’apprentissage ou d’insertion.

 

Site web picto En savoir plus sur ce décret d’application de la loi du 5 mars 2014 sur la formation professionnelle, l’emploi et la démocratie sociale : legifrance.gouv.fr


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