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Fleury fait son cinéma

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Depuis 2004, Léo Lagrange Ile-de-France intervient à la maison d’arrêt de Fleury-Mérogis (91) pour coordonner et mettre en place des actions socioculturelles. Conformément à son engagement, elle entend promouvoir la culture par tous, pour tous et en tous lieux. Du 3 au 17 novembre, Léo Lagrange Ile-de-France a participé à la mise en œuvre de la 4e édition du festival « Fleury fait son cinéma » organisée avec le service pénitentiaire d’insertion et de probation, la maison d’arrêt de Fleury-Mérogis et la fondation du groupe M6.

« Ca fait du bien de voir la culture entrer en prison »,
explique Damien[1], placé sous main de justice à la maison d’arrêt de Fleury-Mérogis. « C’est une chance énorme, une sorte d’horizon ordinairement inaccessible qui est là. » Pendant dix jours, Damien est devenu l’un des treize membres du jury du festival « Fleury fait son cinéma » qui s’est déroulé au sein de l’établissement pénitentiaire avec pour thème les rapports hommes/femmes. Sous la présidence de Laurent Lafitte de la Comédie française, le jury, composé de 9 personnes placées sous main de justice (6 hommes et 3 femmes), 2 surveillantes monitrices de sport et 2 conseillers pénitentiaires d’insertion et de probation, s’est réuni chaque jour pour assister à une projection puis en débattre. À l’issue des 10 jours de projection, cinq prix ont été décernés : le meilleur film, la meilleure interprétation féminine, la meilleure interprétation masculine, la meilleure bande originale et la meilleure réalisation. « Le mot fort de ces quinze jours de festival est plaisir », raconte Jennifer, conseillère pénitentiaire d’insertion et de probation.  « Le plaisir de partager, de regarder des films qui nous ont fait voyager, rire. Nous n’oublierons pas ces quinze jours. Ce fut une expérience très riche. »

Le cinéma comme moyen d’expression
Chaque projection de film a conduit à des interventions consacrées aux thèmes abordés dans les œuvres projetées tout autant qu’aux enjeux artistiques des films grâce à la présence de membres de l’équipe des films (réalisateurs, acteurs, producteurs, …), de chercheurs en sciences humaines et de spécialistes du cinéma. Parmi les invités figuraient Lucas Belvaux, Christophe Gans ou encore Audrey Dana. « C’était une belle expérience. Nous avons beaucoup échangé et surtout réussi à nous mettre d’accord ! C’était l’occasion de mieux connaître le monde et les métiers du cinéma. Désormais, quand je regarderai un film, je ne le regarderai plus avec même œil ! », raconte Sophie, placée sous main de justice et membre du jury. Même entrain chez Arnaud, placé sous main de justice et membre du jury : « cela m’a plu de donner mon avis, d’échanger avec des professionnels et d’apprendre de nouvelles choses. »

Faire tomber les murs
« Fleury fait son cinéma permet d’initier à la critique cinéma, de défendre ses idées, de réussir à interagir et à trouver sa place au sein d’un groupe », explique Marion Michiardi, coordinatrice culturelle Léo Lagrange à la maison d’arrêt de Fleury-Mérogis. « C’est aussi l’occasion de faire participer au même titre les personnes placées sous main de justice et le personnel de Fleury-Mérogis à une action culturelle. Le regard qu’ils posent les uns sur les autres change. » Antoine, conseiller pénitentiaire d’insertion et de probation, et Emilie, monitrice de sport, tous deux membres du jury, confirment. « Les rapports évoluent, chacun apparaît sous un jour différent. » L’espace de quelques heures, il est possible d’oublier que l’on est dans une maison d’arrêt. « Ce type d’activité injecte de la normalité », résume Damien. La projection de films, les ateliers, les débats sont autant de passerelles culturelles vers l’extérieur qui permettent de découvrir de nouveaux horizons et de poser un autre regard sur les personnes placées sous main de justice. « Ce sont souvent des personnes à qui on n’a pas demandé leur avis depuis longtemps », explique Antoine. « Il est important que les participants soient considérés autrement qu’à travers leur seul profil pénal ou pénitentiaire », précise Marion.

La culture comme droit fondamental
Depuis sa création, la Fédération Léo Lagrange considère et affirme que l’accès à l’art et à la culture est un droit fondamental qui participe à la formation du citoyen. Chez les adultes comme chez les plus jeunes, le champ culturel et artistique aide à reconstruire la confiance en soi. En milieu carcéral, elle permet d’aider à lutter contre la récidive et à réinsérer les personnes placées sous main de justice.Par ailleurs, l’ensemble des activités mises en place contribue à la qualité de la vie en milieu carcéral, favorisant les échanges et l’ouverture d’esprit.
[1] Les prénoms ont été changés

Léo Lagrange Ile-de-France et le milieu carcéral francilien
Depuis avril 2012, suite au lancement d’un appel d’offre par la Direction interrégionale des services pénitentiaires de Paris, Léo Lagrange Ile-de-France gère la mise en œuvre de la coordination culturelle à destination des personnes placées sous main de justice en Ile-de-France. Elle assure ainsi la programmation culturelle à destination de l’ensemble des personnes détenues de la maison d’arrêt de Fleury-Mérogis.

Trois types d’actions culturelles sont proposées : les actions ponctuelles (conférences, concerts, spectacles), les ateliers hebdomadaires (dans le domaine de l’audiovisuel, arts plastiques, expression corporelle…) et les stages qui permettent de monter des projets culturels suivis dans les champs du théâtre, de l’écriture, de la musique… Chaque année, environ un tiers de la programmation est renouvelé. « Nous travaillons de plus en plus en lien vers l’extérieur notamment dans le département de l’Essonne. Nous essayons de faire sortir les personnes détenues en organisant par exemple des représentations théâtrales au théâtre de l’Agora (91), Paris-Villette (75) ou de l’Odéon (75) où se sont les participants de nos ateliers qui montent sur scène ! », explique Marion Michiardi, coordinatrice culturelle Léo Lagrange à la maison d’arrêt de Fleury-Mérogis. Les actions peuvent prendre différentes formes : visite d’exposition, participation au festival international du film des droits de l’homme de Paris… La programmation se veut la plus large possible de l’organisation d’évènements de divertissement à des projets plus soutenus et exigeants en termes d’implication ; une programmation ayant également pour vocation de permettre à la fois l’approfondissement de disciplines et la découverte de nouvelles pratiques culturelles et socioculturelles.

Huit films en compétition

  • Jacky au Royaume des Filles (2013) de Riad Sattouf
  • Les Noces Rebelles (2008) de Sam Mendes
  • La Belle et la Bête (2014) de Christophe Gans
  • The Lunchbox (2013) de Ritesh Batra
  • La Source des Femmes (2011) de Radu Mihaileanu
  • Une Séparation (2011) de Asghar Farhadi
  • Pas son Genre (2014) de Lucas Belvaux
  • Her (2014) de Spike Jonze

Film d’ouverture / hors compétition : « Sous les Jupes des Filles » d’Audrey Dana (2014)
Film de clôture / hors compétition : « Elle l’adore » de Jeanne Herry (2014)

 

Palmarès de la 4e édition de « Fleury fait son cinéma »
Meilleure interprétation féminine : Emilie Duquenne dans « Pas son Genre » (2014) de Lucas Belvaux
Meilleure interprétation masculine : Joaquim Phoenix dans « Her » (2014) de Spike Jonze.
Meilleure bande originale : « La Source des Femmes » (2011) de Radu Mihaileanu
Meilleure réalisation : « The Lunchbox » (2013) de Ritesh Batra
Meilleur film : « La Source des Femmes » (2011) de Radu Mihaileanu


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