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La photo entre les murs

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Du 1er au 4 juillet 2014, Reza, célèbre photojournaliste, a donné une master class à la maison centrale d’Arles (13). Une rencontre autour de la photographie, organisée par l’institut de formation Léo Lagrange PREFACE,  mais aussi un échange humaniste et un tour du monde entre les murs.

« La photo est un outil accessible et fort. C’est un langage universel », lance Reza au petit groupe de détenus réunis en studio au cœur même de la maison centrale. « La photo, c’est apprendre à regarder autour de vous. » Ce matin, l’atelier proposé par Reza se concentre sur l’art du portrait, un exercice difficile et ludique avec la lumière.

La formation comme tremplin
Photojournaliste, principalement pour National Geographic, Reza parcourt le monde depuis 30 ans, témoin des guerres et des instants de paix. Du 1er au 4 juillet, il a proposé chaque matin des ateliers autour de la photo à sept détenus qui suivent, depuis septembre 2013, une formation proposée par PREFACE en vue d’obtenir le baccalauréat professionnel photographie. Cette formation prépare à l’exercice des métiers d’assistant photographe ou de technicien de laboratoire. Au programme : prise de vues en studio de personnes ou d’objets, prise de vues en extérieur, traitement argentique et numérique de l’image… « Le bac pro photographie est une formation diplômante et qualifiante. Au-delà du volet professionnel, c’est une formation qui comporte également une dimension pédagogique, ludique et culturelle. », explique Jean Delaforge, responsable local de formation de PREFACE à la maison centrale d’Arles.

« En 2010, nous avions mis en place une formation pré-qualifiante de dessin assisté par ordinateur, très rapidement recentrée sur le traitement de l’image. Cette réorientation a notamment permis la production de photographies exposées aux Rencontres d’Arles. Par ailleurs, les stagiaires étaient en demande d’une formation qualifiante », poursuit Jean. Au-delà de la qualification, cette formation permet aux détenus de se projeter dans le temps et de mettre en valeur leur potentiel. C’est aussi un outil essentiel pour travailler l’image de soi et reprendre ainsi confiance en soi. « Par ailleurs, le choix de cette discipline faisait écho à la vie économique et culturelle locale qui offre une place de choix à la photographie », complète Jean. De la création des Rencontres photographique en 1970 à l’ouverture de l’Ecole nationale supérieure de la photographie en 1981, Arles vit au rythme de la photographie. « Nous souhaitons faire du temps d’incarcération à Arles un temps utile (temps de réflexion sur les raisons ayant motivé ou permis le passage à l’acte, temps d’apprentissage de règles afin d’être en capacité de vivre normalement avec les autres, acquisition des moyens d’expression autres que la violence) et également faire en sorte que l’établissement vive au rythme de la ville, au rythme de la vie à l’extérieur des murs », explique Christine Charbonnier, directrice de la maison centrale d’Arles.

La rentrée a eu lieu en septembre 2013, sept détenus suivent cette formation. Les cours sont quotidiens et le cursus s’étale sur deux ans. Les détenus passeront ainsi leur bac en juin 2015. Les enseignements sont dispensés par le Greta et des ateliers régulièrement animés par des photographes professionnels comme Marco Ambrosi. « C’est un diplôme rare », explique Sébastien Leconte, conseiller en formation continue pour le Greta. « Les savoirs acquis sont validés au fur et à mesure de la formation. Nous offrons aux stagiaires un parcours de formation adapté. Des aménagements ont été consentis. Par exemple, la période de stage, qui court sur 16 semaines, est simulée. »

Conserver le lien avec le monde extérieur
« La fin de l’année venue, nous essayons de créer les conditions d’un événement  et de donner ainsi à la détention un regard inhabituel », explique Dominique Satabin, directeur de PREFACE. La venue de Reza en est l’illustration. Les 2 et 3 juillet, des rencontres autour de la photo succèdent aux ateliers du matin. Au cours de ces deux après-midi exceptionnelles, Reza a présenté ses photos et a parlé de son engagement à travers son métier de photographe. Un diaporama photo sur la vie au sein de la maison centrale a également été diffusé. S’en est suivie une table ronde entre des photographes professionnels et les personnes détenues.

Reza se raconte à travers ses voyages, ses photos, ses engagement notamment en Afghanistan où il séjourne un à deux mois par an, son incarcération pendant trois ans en Iran sous le régime du Shah. « La photo est un moyen d’expression. C’est l’occasion d’apprendre à gérer ces émotions autrement. C’est aussi une manière de s’ouvrir au monde et de se décentrer », raconte Reza. Des personnes détenues ont également pu présenter et échanger sur un certain nombre de leurs travaux. « La photo est un moyen d’expression pour les détenus qui évoluent dans un monde où l’expression est compliquée », commente Dominique. « La formation et l’organisation de ces rencontres autour de la photo sont des espaces de valorisation des personnes sous main de justice. Ce sont également des temps qui leur permettent d’être en lien avec le monde extérieur. »

A la fois outil de médiation et moyen d’expression, alliant technique, sensibilité et esthétique, la photo est une passerelle vers le monde extérieur. « Selon moi, chacun peut avoir sa rencontre », conclut Reza. « Chaque individu doit pouvoir réfléchir sur d’autres parcours possibles. Nous ne sommes pas enfermés dans un rôle. »

 

La mission de l’institut de formation PREFACE est d’accompagner les personnes placées sous main de justice, qu’elles soient incarcérées ou en aménagement de peine, dans une préparation active à leur sortie. Pour cela, PREFACE propose un ensemble d’actions de socialisation, de mobilisation sur projet et des actions de formation pré-qualifiante et qualifiante. PREFACE prolonge son action en milieu ouvert en mettant en relation ces personnes et des employeurs. Le savoir-faire de PREFACE permet aussi d’animer des temps de formation en direction d’intervenants en charge d’activités réalisées en milieu carcéral.

La maison centrale d’Arles est l’un des six établissements pénitentiaires sécuritaires du territoire français. Elle héberge 135 personnes condamnées à de très longues peines et pour des faits graves :

  • 44 % sont condamnées à des peines de 20 à 30 ans
  • 13 % sont condamnées à la réclusion criminelle à perpétuité
  • 90 % sont condamnées pour des faits criminels parmi lesquels 58 % sont condamnées pour homicide volontaire ou assassinat
  • 54 % des personnes incarcérées ont plus de 40 ans

Le milieu carcéral en France

Lieux de détention
Les maisons d’arrêt accueillent, en théorie, les prévenus, les condamnés à une peine de moins d’un an et les publics qui ont un reliquat de peine égal ou inférieur à un an.
Les centres de détention reçoivent les personnes détenues condamnées à des moyennes peines (de 1 à 10 ans) et les maisons centrales les personnes incarcérées dites dangereuses ou condamnées à de très longues peines
Les centres pénitentiaires regroupent sur un même lieu plusieurs types d’établissement (maison d’arrêt/centre de détention…)

Quelques chiffres
La capacité théorique totale des établissements pénitentiaires en France est de 56 992 places au 1er janvier 2013.
Au 1er janvier 2013, 76 798 personnes écrouées dont 2 731 femmes et 729 mineurs.
En 2012, la durée de détention moyenne est de 9,9 mois.
Source : « Les chiffres clés de la justice 2013 »

 

 

 


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