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La société civile s’organise : les tontines au Cameroun

© Photo Benjamin Géminel

Au Cameroun, on les appelle les « tontines », une forme de microcrédit avant l’heure, entre particuliers qui se regroupent et versent régulièrement de l’argent à une caisse commune. L’argent récolté est alors remis à l’un des membres et ainsi de suite. Chacun des cotisants aura un jour sa part. C’est dans ce cadre que, le collectif de femmes « Amicale des Dames solidaires » se réunit chaque dimanche à l’ombre de la véranda de Nathalie Mbella, la présidente, dans le quartier de la cité des palmiers à Douala. Rencontres.

« Nous sommes les Dames solidaires de la cité des palmiers, Camerounaises de bonne foi, Du Nord au Sud, Dames solidaires en avant ! ». Toutes vêtues du même boubou, les Dames solidaires entonnent ce chant au début de chacune de leur réunion dominicale. « Le collectif compte une quarantaine de femmes », explique Delphine, secrétaire générale et membre fondatrice de l’Amicale des dames solidaires, affiliée à Léo Lagrange Cameroun depuis 8 ans. « Notre association est ouverte aux femmes de tout horizon. Elles sont fonctionnaires, commerçantes, femmes de ménage… Ce qui nous importe avant tout est leur bonne foi ! » Ce collectif existe depuis 25 ans. A l’origine, une amitié, celle de 8 jeunes femmes fraîchement installées dans ce nouveau quartier. « Nous avons commencé par des tontines de 1000 francs CFA (environ 1,5 €). Puis peu à peu, nous avons pu augmenter la valeur des versements et avons reçu une formation sur le mode de fonctionnement des microcrédits », raconte Nathalie.

© Photo Benjamin Géminel

La femme africaine est le moteur de la famille. Quand la femme vit, l’homme et la femme vivent en Afrique. Je sais que la femme va utiliser l’argent à bon escient.
Nathalie Mbella, présidente de l’Amicale des dames solidaires

Réunir l’épargne de tous au profit de chacun

Chacune à leur tour, la vingtaine de femmes présentes versent la somme d’argent qu’elles souhaitent, la mise de départ étant de 5000 francs CFA (soit environ 8 €). L’argent circule de main en main sous l’œil concentré de la trésorière. Aujourd’hui, la cagnotte hebdomadaire s’élève à 135 000 francs CFA (soit environ 215 €). C’est au tour de Julienne d’en disposer. Le principe de la tontine est simple : les participantes cotisent une somme fixe puis d’une semaine sur l’autre chaque femme bénéficie à son tour de la mise totale. Pour le premier bénéficiaire, la tontine s’apparente à un crédit, pour le dernier à une épargne. « Il existe également une tontine mensuelle beaucoup plus importante qui permet la réalisation de projets de grande ampleur. La mise commence à 100 000 francs CFA (environ 150 €)  », explique Nathalie. Cette tontine fonctionne différemment. Celle-ci s’apparente plus à un crédit qui est octroyé à l’une des membres. Grâce à l’argent de cette tontine, certaines ont pu ouvrir ou agrandir leur commerce, d’autres créer leur entreprise…  « J’ai pu lancer une parfumerie il y a 4 ans », témoigne Josiane, 34 ans. «  Depuis six mois, je suis désormais propriétaire de mon local au cœur du marché des palmiers. » Les tontines servent également à la mise en œuvre de projet à caractère social. Jeanne, infirmière à la retraite, a ainsi pu ouvrir une école. « Une fois à la retraite, je me suis demandée en quoi pouvais-je être encore utile. Dans mon quartier, il y a beaucoup d’enfants démunis. En 2000, j’accueillais 11 élèves chez moi. Aujourd’hui, l’école, reconnue par l’Etat camerounais, compte 500 élèves et 20 enseignants. Les Dames solidaires m’ont beaucoup encouragée dans la mise en œuvre de ce projet. »

© Photo Benjamin Géminel

Je connais l’Amicale des Dames solidaires depuis 15 ans. Je me sens à l’aise dans ce collectif qui m’a aidée à réaliser ce que je suis aujourd’hui ! Même avec un peu, on peut faire quelque chose. Il faut toujours garder cela en tête !
Josiane, esthéticienne et membre de l’Amicale des dames solidaires

La tontine : une institution solidaire

Définir les tontines à travers le seul prisme financier serait terriblement réducteur. On y vient aussi pour échanger des idées, communiquer une information, voir du monde, etc. C’est un élément important de la vie de quartier, de la vie sociale de chacune des membres. Ce n’est pas un hasard si les chacune d’entre elles arborent un boubou spécial en signe d’appartenance à leur tontine. Elles se connaissent bien. Pour intégrer une tontine, il faut obligatoirement être coopté via une amie, une tante ou une voisine. Depuis le début seulement deux femmes ont été exclues, l’une pour vol et l’autre pour « congosa » (commérages). « Ce qui se passe ou se dit en réunion reste dans la véranda », explique Nathalie. La confiance est un principe fondateur de la tontine. Refuser d’honorer sa dette, c’est prendre le risque de l’exclusion sociale. Mais cette confiance est le socle d’une réelle solidarité. Lors des événements importants de la vie (naissances, mariages, deuils), les membres de la tontine manifestent entre eux une solidarité humaine et financière sans faille. Un bel exemple d’économie solidaire en somme !

2 questions à Marie-Rose Djongoué Monkam, Présidente de Léo Lagrange Cameroun

© Photo Benjamin Géminel

Comment votre chemin a-t-il croisé celui de Léo ?

Avant de croiser le chemin de Léo, j’ai été présidente de plusieurs associations notamment de collectifs de femmes. J’ai rencontré Léo via Evariste Fopoussi, l’ancien président de Léo Lagrange Cameroun. J’ai tout de suite adhéré aux valeurs défendues par Léo. J’ai d’abord été trésorière puis vice-présidente de Léo Lagrange Cameroun avant d’en assurer la présidence à partir de 2009.

Quel rôle joue Léo Lagrange Cameroun auprès des associations qui lui sont affiliées ?

Vingt associations sont actuellement affiliées à Léo Cameroun. Nous avons un rôle de conseil. Nous les accompagnons dans le développement de leurs activités, dans la mise en place de chantiers internationaux ou d’un programme de correspondance. Nous leur apportons notre expertise sur le montage de projets ou sur leur mode de fonctionnement.  Par exemple, nous avons accompagné l’Amicale des Dames solidaires dans la recherche de fonds.


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