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Mobiliser la société civile : le dire, le faire

©Benjamin Géminel
On appelle communément société civile l’ensemble des individus, des organisations, des groupes d’intérêts, plus ou moins formels à caractère non gouvernemental. Mais n’est-ce vraiment que cela ? A l’heure de la montée en puissance des extrémismes et du désamour des Français pour leur classe politique, comment définir et ré-enchanter le concept de société civile ? Pour la Fédération Léo Lagrange, sa contribution à la structuration de la société civile ne fait pas de doute. Pour autant, que fait-elle exactement pour cela ? Ici, en France ? Ailleurs, en Afrique ? Comment peut-on optimiser notre action dans ce champ-là ? Comment mieux évaluer sa contribution ? Comment rendre plus visible et lisible dans l’espace public le projet de transformation de la société porté par la Fédération ?

 

« La société civile, c’est un terme qu’on utilise fréquemment, souvent un peu à toutes les sauces et comme beaucoup de termes, plus on les utilise plus on a tendance à en perdre le sens », lance Corinne Bord, vice-présidente de la Fédération Léo Lagrange. Cette dernière commence son allocution en mobilisant un peu d’histoire et de philosophie afin d’amorcer la réflexion, de donner quelques points de repères « (…) et puis peut-être de susciter l’action parce que nous sommes à Léo Lagrange et que l’action est notre terrain quotidien.» D’Aristote à Hegel, Corinne Bord fait voyager le concept de société civile dans différentes époques, de sa naissance dans la Grèce Antique au devoir de révolte des citoyens mis en avant par John Locke. « Comment passe-t-on d’une somme d’individualités, d’égoïsmes à la capacité de porter des logiques partagées, à dépasser son propre intérêt pour porter l’intérêt général ? C’est tout notre enjeu à Léo Lagrange en tant que Fédération d’éducation populaire de savoir construire avec les uns et les autres une vision partagée, une vision de l’intérêt général! »
Selon Corinne Bord, la société civile est multiple et mobilisée. « La question n’est donc pas celle de la mobilisation mais celle du sens qu’on lui donne et des valeurs qu’on diffuse. (…) La société civile n’est pas progressiste par nature. (…) Il nous appartient de mettre en œuvre dans l’espace public les confrontations nécessaires, les visions différentes. Ce n’est pas simplement mobiliser la société civile, c’est aussi éveiller les consciences, donner à comprendre le monde, interpeller. Léo Lagrange disait aux jeunes, il faut ouvrir toutes les routes. Je me permettrais de compléter que je préfèrerais qu’elles soient progressistes », conclut Corinne Bord dans un sourire.

 

©Benjamin Géminel

La société civile ici et ailleurs
Afin de poursuivre cette réflexion sur la société civile, Corinne Bord rejoint la table-ronde où l’attendent Akil Marceau, directeur de la représentation du Gouvernement Régional du Kurdistan-Irak en France, Arsène Sibally, président de Léo Lagrange Côte d’Ivoire, et Françoise Faës, déléguée territoriale à l’animation Léo Lagrange Centre Est. « Pour nous le devoir de révolte est un choix », débute Akil Marceau, « Nous sommes un peuple en révolte et aujourd’hui de façon plus forte, nous sommes en première ligne contre des forces obscurantistes » Akil Marceau revient sur l’histoire de l’Irak et des Kurdes. « La société kurde est plurielle par nature. C’est ce projet pluriel qui est aujourd’hui menacé. » Il évoque le partenariat qui lie la Fédération Léo Lagrange et le gouvernement régional du Kurdistan–Irak. Une mission d’évaluation des dispositifs jeunesse d’animation au Kurdistan-Irak s’est déroulée au cours de l’été 2013. L’objectif du partenariat est d’accompagner le ministère de la Culture et de la Jeunesse du gouvernement régional du Kurdistan–Irak dans la mise en œuvre d’une politique jeunesse globale, en résonance avec les valeurs de l’éducation populaire, qui comporte des programmes de formation, des activités et des outils pédagogiques appropriés.

C’est au tour d’Arsène Sibally de prendre la parole pour faire état de la situation en Côte d’Ivoire qui a, elle aussi, « traversé une période très difficile. Il fallait réagir ! » Il évoque le RAP, Rassemblement action paix, qui s’implique notamment dans la lutte contre les préjugés. Léo Lagrange Côte d’Ivoire et « Démocratie & Courage ! » (D&C !), programme de lutte contre les discriminations et d’éducation à la citoyenneté de la Fédération Léo Lagrange, ont notamment travaillé ensemble à la conception d’interventions visant à accompagner le retour à la paix et la réconciliation des peuples. « Nous allons dans les écoles créer des clubs Léo Lagrange. Nous y discutons avec les outils pédagogiques de « D&C ! » et du RAP, nous créons des espaces de dialogue. » « Les ALSH, les classes de découverte, les centres de vacances, ces espaces-là sont des microsociétés », rebondit Françoise Faës. Dès le plus jeune âge, les enfants sont confrontés au vivre ensemble. « C’est là que la personnalité commence à se construire. La confrontation, la transmission, la coopération, le respect, la tolérance, on les retrouve dès le plus jeune âge. (…) C’est une éducation de longue haleine. (…) Arriver à prendre la parole en public, à s’exprimer, à formuler une idée clairement, à argumenter, à négocier, à présenter et à convaincre, ça va être contributif dans le grandir des enfants, le goût des autres et le sens du collectif« Il y a, à la fois, l’acte éducatif d’accompagnement et la valeur. La combinaison des deux est essentielle ! », ajoute Corinne Bord.

Le rapport au politique
Areti Paizanou, administratrice Léo Lagrange et présidente de Citizens Academy à Athènes, apporte son regard sur la situation en Grèce. « La population grecque a perdu confiance en son système politique. La peur pousse les gens vers les extrêmes », constate-t-elle. Cependant, « la société civile peut donner une réponse d’engagement. » Quel est l’enjeu qui sous-tend la mobilisation de la société civile, quel est le moteur de cette mobilisation ? « Construire une parole partagée par plusieurs qui dépasse son seul propre intérêt, voilà l’enjeu ! » propose Corinne Bord. « Gagner en visibilité », avance Akil. « Nous, les Kurdes, étions parfaitement invisibles. Nous avons acquis cette visibilité parce qu’on a eu recours à ce droit de parole. Maintenant, comment donner la parole à d’autres acteurs encore moins visibles. Ce sont ces espaces de liberté que nous essayons de créer mais nous ne pouvons pas les créer uniquement par des lois et des règles. C’est de la pratique. » Le rapport au politique est une donnée importante dans la mobilisation de la société civile. Selon les contextes politiques, la société civile peut aussi bien réagir à qu’agir avec. « Quand il y a des politiques publiques volontaristes qui laissent la place aux acteurs de la société civile, cela donne des espaces de travail un peu différents », témoigne Françoise. « On peut travailler sur la longueur, dans le temps. » Pour conclure, Corinne Bord a rappelé que le respect de l’altérité était l’une des clés de voûte nécessaire à la mobilisation de la société civile.

 

 


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