Développer le sens de l’engagement chez les enfants: interview de Bénédicte Halba


En passant devant une personne sans-abri dans la rue ou en marchant sur une plage polluée, votre enfant s’interroge : pourquoi tant de pauvreté, de violence ou de pollution dans notre monde ? Que peut-il faire pour changer les choses, malgré son jeune âge ? Un enfant peut-il être bénévole dans une association ? Et qu’est-ce que cela peut lui apporter ? On fait le point avec Bénédicte Halba, présidente fondatrice de l’Institut de recherche et d’information sur le volontariat (IRIV), qui travaille depuis de nombreuses années sur l’engagement des jeunes.

Les enfants ont-ils leur place dans le monde du bénévolat ?

Le bénévolat est accessible à tous ! Quand on pense aux bénévoles, on imagine souvent une dame retraitée, engagée dans le secteur caritatif. Ce n’est pas le cas ! Le bénévole français moyen est un homme entre 35 et 55 ans engagé dans une association sportive. Mais les enfants peuvent tout à fait être bénévoles. En général, on ne devient pas bénévole à la retraite : les retraités bénévoles l’ont souvent été tout au long de leur vie. D’où l’importance de sensibiliser dès le plus jeune âge à l’engagement ! Plus les enfants sont sensibilisés jeunes, plus ils ont de chance de s’engager tout au long de leur vie.

Comment sensibiliser les plus jeunes à l’engagement ?

Les enfants de 7 à 12 ans sont parfaitement capables de comprendre le sens de l’engagement mais pour qu’ils puissent s’engager seuls, il faut qu’une action ou une association défende un projet qui leur tienne à cœur. Un engagement est souvent lié à un problème auquel eux ou leur famille ont été confrontés personnellement. Il faut un déclic : voir les méfaits de la pollution dans une rivière, une difficulté dans la famille… C’est par exemple un enfant qui voit son père faire un malaise et s’engage dans les pompiers volontaires à seize ans.

Quand on mène des actions de sensibilisation, il est donc important de proposer un projet bien précis : repeindre le préau, nettoyer les alentours de l’école ou les berges d’une rivière, par exemple. Pour faire comprendre un engagement pour des causes qui sont moins directement visibles pour les enfants, on peut utiliser des vidéos, des photos…

On peut aussi montrer aux enfants ou aux jeunes les actions réalisées par d’autres jeunes de leur âge. Par exemple, l’IRIV a initié avec l’Université de Northampton un projet européen intitulé Success at school through Volunteering (SAS). Il avait pour but de proposer à des jeunes, habitant dans des quartiers sensibles, une stratégie originale basée sur un engagement bénévole pour favoriser leur réussite scolaire. Un groupe de jeunes collégiennes a, par exemple, proposé de se rendre dans des hôpitaux de l’Essonne afin d’organiser des activités ludiques pour les enfants malades : lectures de contes, coloriages, déguisements, théâtre, goûters. On peut parler de cette action à d’autres groupes de jeunes pour les sensibiliser.

Que peuvent faire les enfants pour s’engager concrètement ?

L’âge « légal » auquel on peut être bénévole est 16 ans, puisque ce sont les mêmes règles que pour le travail rémunéré. Néanmoins, lorsqu’ils sont accompagnés par des adultes et avec l’accord explicite de leurs parents, de jeunes mineurs peuvent participer à des actions bénévoles.

Les actions auxquelles j’ai vu des enfants participer étaient des actions culturelles, comme une fête de l’école ou de quartier, des événements sportifs (assister des arbitres, encadrer la pratique pour les tout-petits), des actions de sensibilisation à la lutte pour l’environnement (nettoyer une rivière, une plage, une forêt…), de sauvegarde du patrimoine (chantier de réhabilitation d’un monument historique ou religieux…) une action de solidarité locale (lectures en maison de retraite) ou une action ponctuelle de solidarité internationale dans un pays du Sud, après une catastrophe naturelle, par exemple.

Qu’apporte l’engagement bénévole aux enfants ?

D’abord de la réflexion. En s’engageant, les enfants sortent de l’approche consumériste : on ne peut pas mettre un prix sur leur activité, et ce n’est pas parce que ça n’apporte pas d’argent que ça ne vaut rien.

Le bénévolat est une activité « hors de prix ». Cela engage une réflexion sur l’altruisme, l’altérité, mais aussi sur le respect des règles, les codes et pratiques à respecter. Il y a aussi un aspect collectif fort : les jeunes rencontrent des gens qu’ils n’auraient pas l’occasion de rencontrer dans leur cercle familial ou amical, ils sont responsabilisés et peuvent voir l’impact de leur action sur d’autres.

Certains de ces apprentissages informels sont directement liés aux compétences demandées à l’école, comme la capacité de bien expliquer quelque chose ou de défendre ses arguments. Par exemple, certains élèves timides gagnent en assurance, ce qui change aussi le regard des adultes sur eux.

Faut-il prendre des précautions particulières avant d’autoriser son enfant à s’engager dans une action de bénévolat?

En général, les parents n’ont pas d’objection à l’engagement de leur enfant s’il est bien encadré par des adultes en qui ils ont confiance, si le public qu’ils vont rencontrer n’est pas trop fragile et si les activités sont précises et non dangereuses. C’est la même chose pour toute activité extra-scolaire ! Le bénévolat est une alternative originale : plutôt que d’avoir une activité culturelle, sportive ou artistique en complément d’une autre activité, vous décidez de vous engager pour les autres.

 

Bénédicte Halba, docteure en sciences économiques, est la présidente fondatrice de l’Institut de recherche et d’information sur le volontariat (IRIV). Elle mène des actions de sensibilisation auprès de jeunes collégiens à Massy en Essonne depuis 2013 et a travaillé sur l’engagement des jeunes depuis 2000.

 

Les ressources pour développer le sens de l’engagement chez les enfants :

À lire : 

À découvrir :

  • La vidéo « Être philanthrope, c’est top ! ».
  • Une plateforme pour trouver une mission pour les jeunes bénévoles.

 

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