Journée mondiale de sensibilisation à l’autisme

En cette Journée mondiale de sensibilisation à l’autisme, coup de projecteur sur le Kaléidoscope avec Laurie Centelles, coordinatrice et formatrice des dispositifs loisirs et handicaps Méditerranée et chargée de mission nationale Petite Enfance et Betty, maman de Naël 10 ans qui fréquente le kaléidoscope depuis sa création. Situé à Monteux dans le Vaucluse, le Kaléidoscope est un accueil de loisirs sans hébergement (ALSH), géré par Léo Lagrange Méditerranée, dédié aux enfants de 6 à 11 ans présentant des troubles du spectre de l’autisme (TSA).

Entretien avec Laurie Centelles, coordinatrice et formatrice des dispositifs loisirs et handicaps Méditerranée et chargée de mission nationale Petite Enfance

Laurie, peux-tu nous expliquer comment l’idée d’un accueil de loisirs sans hébergement (ALSH) pour enfant présentant des troubles du spectre de l’autisme est né ? Pourquoi le nom de kaléidoscope ?

Le projet du Kaléidoscope part d’un constat à forte résonance sociale : il y a encore en 2018 peu de réponses généralisant l’accès aux loisirs des enfants en situation de handicap, en particulier avec des troubles du spectre de l’autisme (TSA). Le défenseur des droits annonçait en 2014 que seulement 35 % des enfants en situation de handicap participaient à des activités périscolaires. Pourtant, on le sait peu mais chaque année, l’autisme touche une naissance sur 100.  Ajoutons que près de 80 % de ces enfants ne sont pas scolarisés ; la France a d’ailleurs été condamnée à trois reprises par le Conseil de l’Europe pour défaut d’éducation et pour institutionnalisation des personnes, adultes comme enfants, autistes. C’est donc une réelle injustice à l’égard de ces personnes alors qu’une de leurs difficultés repose précisément sur les interactions sociales. Il paraissait nécessaire, urgent et évident que le secteur de l’animation apporte son savoir-faire dans la socialisation et l’autonomie de ces enfants et le droit au répit de leurs familles !

Le kaléidoscope, c’est un objet qui, par diffraction de la lumière, permet de voir autrement. C’est d’ailleurs un jouet commun que nombre de personne a connu étant enfant. Et c’est bien là qu’est l’enjeu : cibler la période de l’enfance pour modifier la perception du monde ! Par ce projet, je souhaitais faire évoluer les préjugés que peuvent associer, les enfants et les parents, au handicap. Les personnes autistes disent elles-mêmes ne pas souffrir de l’autisme directement, mais du regard que l’on porte sur leur différence.

Y-a-t-il des « critères d’admission » ? le nombre de places et la fréquence de l’accueil ?

Il n’y a pas de critères d’admission à proprement parlé : le kaléidoscope est un accueil collectif de mineurs agréé par la direction départementale de la cohésion sociale et de la jeunesse et des sports (DDCS) du Vaucluse. Dans les faits, nous dédions notre accueil aux enfants dès 6 ans avec un diagnostic d’autisme, associé ou non à un trouble du développement intellectuel. Conformément à la loi 2005 pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées, nous pourrions accueillir tous les enfants, avec et sans besoins éducatifs particuliers. Nous avons fait le choix de proposer ce lieu spécifiquement aux enfants autistes parce qu’ils sont souvent « refusés » ailleurs ou que leurs familles n’osent pas faire une demande d’inscription. Nous travaillons en partenariat avec un accueil de loisirs municipal non géré par notre association pour alterner les temps de loisirs en collectif dits « inclusifs » et les temps de loisirs individualisés dits « adaptés ». Le Kaléidoscope n’accueille que 7 enfants par jour pour des raisons d’abord de qualité d’accueil mais aussi économiques. La structure ouvre pendant les vacances scolaires, une semaine sur deux et autant que possible lorsque les structures spécialisées ferment.

Qui intervient auprès des enfants ? S’agit-il de personnes formées à l’accueil d’enfants atteints de handicap ?

Ce sont des animateur.rice.s qui accompagnent les enfants, et c’est un principe fondamental du projet ! Il s’agit de démontrer par l’exemple que des animateur.rice.s, qualifié.e.s d’un BAFA ou stagiaire BAFA, peuvent proposer des activités de loisirs aux enfants. Les ingrédients les plus précieux dans la composition de l’équipe, sont la motivation, l’engagement humain et l’appétence pour le travail en équipe. L’équipe d’animation saisonnière est sensibilisée à la question de l’autisme, aux astuces pour adapter les activités mais aussi à la prévention des troubles du comportement. Avec Solène Armand, la directrice et ex-animatrice du Kaléidoscope, nous accompagnons l’équipe à chaque session soit au quotidien soit par des séances de débriefing pour rassurer et ajuster la posture des animateurs.

Réservé aux enfants de 6 à 11 ans, quel parcours doivent emprunter les parents une fois la limite d’âge atteinte ?

Cette question est cruciale pour les familles et subit le même sort que l’accompagnement spécialisé : les transitions selon les âges ne trouvent pas de solutions aisées. À ce jour, nous n’en sommes qu’à l’étape de réflexion avec le secteur ado de la ville partenaire. Actuellement en France, il existe très peu de dispositif d’accueil dédié aux enfants présentant des troubles du spectre de l’autisme, que faudrait-il faire pour faire évoluer les mentalités afin qu’il y en ait dans chaque département ?

Le secteur médicosocial ne parvient pas à proposer des prises en charges adaptés et à la hauteur du nombre de demandes. Selon moi, l’avenir collectif repose sur un maillage dynamique des dispositifs de droits communs dont font partie les accueils de loisirs, et des institutions associées : la rencontre bien orchestrée de la santé, de l’éducation et de l’animation. Dépassons les préjugés de qui fait quoi et quel professionnel est légitime… Le projet de vie des personnes autistes, et tout autre handicap, nécessite d’être coordonné : seul on va plus vite, ensemble on va plus loin dit l’adage !


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