Tribune Le service national universel, une punition ? non, une opportunité !

Photo Benjamin Géminel
Le SNU va-t-il susciter les passions ? Assurément ! Certaines prises de position donnent déjà à penser que ce nouveau dispositif serait une façon de stigmatiser la jeunesse, de lui assigner plus de contraintes que de droits. Pire encore, il porterait atteinte au principe quasi philosophique d’engagement volontaire.

La Fédération Léo Lagrange agit depuis près de soixante-dix ans pour l’émancipation des jeunes, sur tous les territoires. Si nous soutenons le SNU, c’est qu’il peut être une formidable opportunité d’atteindre, enfin, les objectifs que ses détracteurs appellent pourtant de leurs vœux : l’égalité, la mixité, la valorisation de l’engagement. Pour peu que chacun s’engage dans sa réussite.

Reconnaissons tout d’abord que les appréhensions entourant le SNU sont légitimes, tant la jeunesse pâtie d’une image dégradée. Trop individualistes, les jeunes ? Pas assez engagés ? Nous qui les accompagnons au quotidien savons qu’il n’en est rien, et qu’ils ne manquent pas d’initiatives à réaliser. Pour peu qu’on leur en donne les moyens.

Bien sûr, la jeunesse n’a pas à combler seule les failles de la société. Ces fractures, qu’elles soient sociales ou territoriales, appellent à un combat global et partagé. Parmi les mesures à prendre, il est urgent de transmettre, dès le plus jeune âge, le goût de l’altérité et de l’engagement. Encore faut-il rendre possible cette rencontre.

Alors, cessons de voir le SNU comme une punition, mais plutôt comme une chance de répondre ensemble à ces enjeux !

Un temps vécu en commun par tous les jeunes d’une classe d’âge, pour mettre à la portée de tous les mêmes opportunités.

Le SNU n’est pas un dispositif d’engagement obligatoire. Il n’y a d’engagement que librement choisi.

Mais qui, aujourd’hui, à la chance de s’engager ? Majoritairement les jeunes les mieux éduqués. Les autres ignorent trop souvent la richesse des parcours associatifs qui s’offrent à eux, ou bien ils se censurent. Le SNU offre à tous un temps de « découverte des opportunités d’engagement », indispensable pour susciter des vocations, et d’autant plus efficace qu’il passe par une expérience concrète de réalisation d’un projet d’intérêt général. Libre à chacun ensuite de poursuivre cette expérience sous diverses formes, après 18 ans.

Le SNU peut être un véritable tremplin vers l’engagement ; qu’y trouvent à redire les associations ?

Favoriser l’engagement des jeunes, ce n’est pas les charger du poids des problématiques sociétales ; c’est leur donner la possibilité de développer des compétences qui faciliteront ensuite leur insertion professionnelle ; c’est leur permettre de s’épanouir, de se sentir utile, de faire des rencontres.

Il en va de même pour la mixité sociale. Les populations de France ne se croisent presque plus.
Peut-on formuler le souhait que chacun ait l’occasion, à un moment de son parcours, de rencontrer d’autres jeunes issus de milieux différents, de partager pour quelques temps une vie commune, des activités ? N’est-ce pas une expérience puissante pour faire tomber les préjugés et les peurs, et contribuer à une société plus ouverte ?

Ne nous y trompons pas : sans un temps obligatoire d’hébergement collectif, cela n’arrivera jamais. Nous continuerons à ne pas nous rencontrer, dès le plus jeune âge, et il n’y a aucune raison que les comportements changent par la suite.

Un temps obligatoire commun à tous les jeunes est enfin indispensable pour lutter contre les inégalités d’accès à l’information. Qu’il s’agisse d’orientation, de formation, de droits sociaux, de mobilité, de logement… Les plus fragiles n’ont pas connaissance des dispositifs et des interlocuteurs qui pourraient les accompagner. Le SNU doit impérativement être l’occasion d’aborder l’ensemble de ces questions. Faisons le souhait qu’ainsi les jeunes soient plus nombreux à bénéficier de dispositifs de mobilité tels qu’Erasmus +, qui offrent de formidables expériences de vie.

La Fédération Léo Lagrange soutient le SNU parce qu’il peut faire avancer l’égalité et la mixité.

Mais il peut aussi échouer. Tout dépendra de ses modalités de mise en œuvre.

Il ne suffit pas de rassembler des jeunes dans un même lieu pour faire vivre une mixité positive. Il ne suffit pas de les impliquer sur un projet pendant quinze jours pour faire naître chez eux le goût de l’engagement. Informer n’est pas suffisant pour permettre aux jeunes de s’emparer de leurs droits.

La réussite du SNU implique de déployer une véritable politique d’animation et d’accompagnement des jeunes tout au long de cette expérience. Confrontés quotidiennement à ces problématiques, les professionnels, bénévoles et militants de l’éducation populaire ont le savoir-faire pour relever ce défi.

Alors, qu’attendons-nous pour nous engager à notre tour ? Le SNU concerne l’ensemble de la société. Il sera aussi ce que nous en ferons, nous acteurs associatifs. On peut y voir une punition, la dénoncer et la subir. On peut aussi en faire un formidable outil au service de notre projet de société, une chance de faire vivre à grande échelle notre objectif de mixité sociale.

Nous, à la Fédération Léo Lagrange, n’avons pas de doute sur la direction à suivre.

Yann LASNIER
Secrétaire Général de la Fédération Léo Lagrange


Vers le haut