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Les associations doivent-elles accompagner le service national universel ?


Les associations doivent assurément être parties prenantes du SNU.

La Fédération Léo Lagrange a fait le choix de s’y investir dès la 1re expérimentation, dans la continuité de positions déjà défendues par le passé (dès 2005, elle s’est prononcée pour un « service civil au moins partiellement obligatoire »). Les appréhensions exprimées peuvent être légitimes. Mais aujourd’hui le SNU reste en grande partie à construire. L’Etat ne pourra pas faire seul, l’État ne doit pas faire seul : l’éducation populaire a toute sa place dans cette expérience citoyenne nouvelle.

Rappelons que les jeunes ne sont eux pas opposés au SNU, au contraire ! Toutes les études concordent. Fin 2018, 74% adhéraient à cette idée, 68% considéraient l’obligation comme une bonne chose (sondage Ifop pour le CNAJEP). Depuis, les premiers à avoir vécu cette expérience en sont revenus enthousiastes.

Le SNU ne résoudra pas toutes les difficultés de notre société : en a-t-il la prétention d’ailleurs? Mené dans de bonnes conditions, le SNU peut constituer une expérience puissante pour faire tomber les préjugés, les peurs et contribuer à une société plus ouverte. C’est de cohésion, de mixité, de mobilité, d’autonomie, de citoyenneté… dont il s’agit.

Pour les jeunes, c’est une occasion unique de découvrir un nouvel environnement, de sortir d’un cadre, d’expérimenter de nouveaux champs de réalisation personnelle en s’ouvrant notamment au collectif et à différentes possibilités d’engagement. Le SNU ne constitue pas un engagement obligatoire mais bien un temps de découverte d’opportunités, complémentaires d’autres espaces (« colos » et service civique par exemple) qui méritent d’être préservés et développés également. C’est l’idée et l’envie de s’engager qui y sont notamment proposées.

L’usage des symboles de la République dans le parcours éducatif n’est pas à craindre, même si des équilibres restent assurément à trouver. Ce serait au contraire une erreur d’en faire l’apanage d’idéologies douteuses, alors même qu’ils peuvent alimenter la reconnaissance forte d’appartenance à une communauté : notre République.

La réussite du SNU implique de déployer une véritable politique d’accompagnement des jeunes tout au long de cette expérience. Les professionnels et militants de l’éducation populaire ont le savoir-faire pour relever ce défi. Nous avons l’expertise des pédagogies actives, qui permettent de faire naître le débat, susciter la curiosité, respecter les rythmes de chacun, découvrir son potentiel, etc. Nos interventions sont parfaitement adaptées pour aborder la lutte contre les discriminations, la laïcité et la citoyenneté.

En s’appuyant sur les ressources adaptées qui quadrillent un territoire, nous savons conduire des expériences sur des sujets essentiels pour demain : l’écologie et le développement durable, les activités physiques et sportives, la culture, l’Europe, nos institutions…. Notre contribution porte également sur la formation des encadrants : on ne s’improvise pas en la matière.

À nous, associations d’éducation populaire, d’être exigeantes dans l’action car c’est sur ce terrain que nous sommes attendues. À l’État de nous donner les moyens adaptés et de reconnaitre notre expertise dans la formation des jeunes.

Cette tribune est parue dans l’Humanité le 31 mars 2021