Dans le 19ᵉ arrondissement de Paris, l’Espace Paris Jeunes (EPJ) Flandre, géré par Léo Lagrange Animation, et le Centre Paris Anim (CPA) Curial ont organisé, début novembre, une soirée de sensibilisation et de prévention des violences entre jeunes à destination de ces derniers. Pensée comme un temps éducatif fort, mêlant immersion en réalité virtuelle et témoignages marquants, cette action avait vocation à débloquer des prises de conscience. Sofiane Aoufi, responsable de l’EPJ Flandre, revient sur une initiative, collective innovante et née du vécu des jeunes.
Un constat préoccupant et une volonté d’agir
À l’EPJ Flandre, la question des violences entre jeunes de différents quartiers s’est imposée progressivement comme un sujet incontournable. Dans le 19e arrondissement, quartier dans lequel est implanté l’EPJ, les tensions entre groupes de jeunes sont anciennes et parfois lourdes de conséquences. Face à ces tensions, parfois profondément ancrées dans le quotidien des jeunes fréquentant l’EPJ, les structures jeunesses ont toutes leur place. Figures de confiance, d’échange et d’accompagnement, renforcés par une expertise des problématiques liées à leur territoire, les professionnel·les jeunesse Léo Lagrange Animation, tels que Sofiane et son équipe, soutiennent les jeunes dans une compréhension plus fine de leurs trajectoires et de leur choix. En travaillant de concert avec des structures voisines, l’EPJ choisi l’échange comme clé de résolution et d’apaisement des tensions entre jeunes de quartiers rivaux.
Pour le responsable de l’EPJ, le plus préoccupant restait la manière dont ces embrouilles étaient perçues par certains jeunes, souvent banalisées ou fantasmées, sans réelle conscience de leurs conséquences. L’enjeu de cette action était donc clair : créer un temps à part, capable de provoquer une prise de conscience, sans jugement ni stigmatisation. Le projet a été pensé et construit collectivement, en lien avec le CPA Curial et l’ensemble des partenaires jeunesse du quartier : le CPA Mathis, l’équipe de prévention APSAJ (Association de Prévention spécialisée et d’Accompagnement des Jeunes), les centres sociaux locaux de l’association Espace 19, et les associations ACIAC et HDJ. La soirée a volontairement été organisée séparément au CPA Curial et à l’EPF Flandre, afin de garantir un cadre sécurisé et d’éviter toute confrontation entre les jeunes pour cette première édition.
Immersion en réalité virtuelle et paroles fortes : une soirée qui marque
Pour amener les jeunes à se projeter, l’équipe a fait le choix de la réalité virtuelle, en partenariat avec l’association ACIAC. En immersion totale permise par des casques de réalité virtuelle, le film proposé aux jeunes publics retrace pas à pas l’engrenage d’une embrouille de quartier : le premier message, la pression du groupe, le rendez-vous donné, puis l’issue dramatique et le deuil des proches. Un format volontairement exigeant qui capte l’attention et limite des échappatoires habituelles.
À la sortie de la projection, les réactions sont immédiates. Sofiane relate des groupes de jeunes silencieux, marqués, parfois déstabilisés . Ce premier choc émotionnel ouvre ensuite la voie à un temps d’échange, animé avec la présence notable de l’association HDJ, présidée par Hawa Diabley, mère endeuillée attachée à la sensibilisation aux violences urbaines depuis la mort de son fils. Sa parole, directe et incarnée, fait basculer le film de la fiction à une réalité bien tangible.
Pour beaucoup de jeunes, notamment les plus âgés, ce moment agit comme une confrontation brutale à ce que les embrouilles produisent réellement : des familles détruites, des vies bouleversées. Si les plus jeunes posent davantage de questions, les plus grands restent plus souvent silencieux : « Ca les a touchés profondément ». Des réactions que Sofiane interprète comme le signe d’une prise de conscience, là où le sujet restait jusque-là déshumanisé, abstrait ou lointain.

Un changement de regard et un travail qui s’inscrit dans la durée
À l’EPJ, pas moins de 130 jeunes ont participé à la soirée, en deux temps de projection : l’action rencontre un écho important, mais le travail ne s’arrête pas là ! Dans les jours qui suivent, les jeunes reviennent individuellement échanger, partager ce qui les a marqués, exprimer leur malaise ou leur remise en question. « Ils savent que mon bureau est ouvert et je ne suis jamais dans le jugement. » explique Sofiane. Le regard porté sur les rixes évolue : la glorification laisse place à une forme de rejet et à davantage de recul.
Sofiane encourage alors les plus âgés à prendre leur part dans cette dynamique, en relayant les messages auprès des plus jeunes : « C’est aussi leur rôle d’en parler aux plus jeunes, les sensibiliser et les encourager à ne pas commettre ces mêmes erreurs. » Pour lui, le rôle de l’EPJ est avant tout là : sensibiliser, écouter et accompagner, sans jamais imposer un discours moralisateur.
Cette soirée marque ainsi une étape importante dans le travail mené par l’EPJ Flandre et le CPA Curial. Une action ponctuelle, certes, mais pensée comme le point de départ d’un engagement éducatif durable, au service de la prévention des violences et de l’apaisement des relations entre jeunes sur le territoire.
Cette action s’inscrit en effet dans une démarche éducative plus large à l’œuvre au sein du réseau Léo Lagrange Animation : donner toute leur importance aux paroles des jeunes et à leur vécu pour construire des espaces de dialogue et de co-construction. Les Rencontres Jeunesses et Territoire en sont l’une des illustrations.
Pour aller plus loin, retrouvez le compte rendu des dernières Rencontres Jeunesses & Territoire consacrées aux jeunesses en milieu urbain : https://www.leolagrange.org/jeunes-milieu-urbain-rencontres-territoire/




