Le 28 janvier à Angers, Léo Lagrange Animation et l’Université de Toulouse Jean Jaurès ont présenté les résultats de 3 ans d’enquête de terrain sur le harcèlement à partir du vécu et du ressenti des jeunes.
Réunissant une quarantaine de participant·es (chercheurs, éducateurs, professionnels de l’animation et représentants de l’Éducation nationale), ce colloque marque une étape importante du projet de recherche participative, engagé depuis 2021, visant à renouveler l’approche de la lutte contre le harcèlement en s’appuyant sur le ressenti des adolescent·es. Les actes du colloque viendront enrichir la publication de l’étude complète prévue au printemps 2026.
Objectifs principaux de la recherche participative
- Étudier le point de vue des adolescentes : leurs représentations, leurs expériences individuelles et collectives
- Développer une recherche scientifique mixte (quantitative et qualitative) centrée sur l’expérience vécue du harcèlement, et identifier les leviers psychologiques et sociaux influençant ces situations
- Fournir des données inédites sur la perception du harcèlement par les jeunes, sous toutes ses formes.
- Développer des outils de prévention adaptés et sensibiliser l’ensemble de la communauté éducative
- Accompagner la mise en œuvre d’ateliers pédagogiques en collèges (11–16 ans) sur le harcèlement dans le réseau Léo Lagrange
Une recherche participative fondée sur le ressenti des adolescents
Menée conjointement par Léo Lagrange Animation et le laboratoire de Psychologie de la Socialisation – Développement et Travail (LPS-DT, EA.1697) de l’Université Toulouse – Jean Jaurès, cette recherche participative s’appuie sur une enquête de terrain combinant données quantitatives et qualitatives.
402 collégien·nes ont répondu à un questionnaire portant sur leurs représentations et leurs expériences du harcèlement. Ce recueil a été complété par des entretiens qualitatifs menés auprès de jeunes et de professionnel·les de l’éducation, mettant en lumière à la fois l’ampleur du phénomène et les difficultés de circulation de la parole dans les établissements scolaires.
Des constats chiffrés qui interrogent les représentations
Les premiers résultats présentés lors du colloque révèlent des écarts significatifs entre les définitions institutionnelles du harcèlement et les perceptions des jeunes :
- 41 % des collégien·nes déclarent avoir vécu une situation de violence scolaire en tant que victime ou témoin, tandis que 18,6 % reconnaissent avoir été auteurs de violence.
- Pour près de 80 % des jeunes interrogés les situations de harcèlement se déroulent souvent au sein du collège ou en ligne.
- Pour près de 70 % d’entre, les situations de harcèlement ne sont jamais « banales », mais « injustes » et en grande majorité « graves ».
- Les représentations du harcèlement varient néanmoins en fonction des actes : Le partage de contenus intimes sur les réseaux sociaux est ainsi identifié comme une situation de harcèlement par 80 % des répondant·es alors que 30 % des élèves ne considèrent pas la mise à l’écart comme du harcèlement.


Ces premiers résultats confirment l’intérêt d’une approche centrée sur le ressenti, permettant de mieux comprendre des situations parfois non identifiées comme du harcèlement, mais dont les effets émotionnels et relationnels sont bien réels.
Les entretiens qualitatifs font apparaître des expériences marquées par la solitude, l’effet de groupe et la difficulté à nommer les situations. Plusieurs collégien·nes ont exprimé que leur participation à l’étude leur avait permis de parler de situations rarement abordées dans les cadres scolaires habituels. « Qu’ils aient vécu ou non des situations de harcèlement, les collégiens nous disaient presque systématiquement que ça leur faisait du bien de pouvoir en parler », explique Guillaume de Chazournes, chef de projet ados jeunesse à Léo Lagrange Animation.
Une recherche-participative au service des pratiques éducatives
Cette journée a également été l’occasion de faire la part belle aux échanges et à la présentation de plusieurs outils de sensibilisation et de prévention (serious game, escape game..) qui ont mis en évidence plusieurs enseignements clés :
- l’importance de partir du ressenti des jeunes pour comprendre les situations de harcèlement
- la nécessité de former les adultes à repérer les signaux faibles en amont
- le rôle central du collectif, et notamment la communauté éducative, dans la prévention et la résolution des situations
- la complémentarité entre données quantitatives et approches qualitatives pour saisir la complexité des parcours


A l’image du déroulé de ce colloque, cette recherche participative ne vise pas uniquement la production de données, mais aussi la création d’espaces de dialogue entre recherche, institutions et terrain. Elle permet d’interroger les postures professionnelles, de croiser les regards et de nourrir une réflexion collective sur les réponses éducatives face au harcèlement.
« Partir du ressenti, c’est sortir d’une position d’expertise adulte qui prétend avoir la bonne solution, et accepter de se décentrer face à la complexité des situations vécues par les jeunes », conclut Kassia Aleksic, docteure en anthropologie sociale, chercheuse associée au CESSMA (Université Paris Cité).




