Et si la prévention du harcèlement passait aussi par celles et ceux qui le vivent, le comprennent et peuvent en parler à hauteur d’enfant ? À Montbéliard (25), Quentin Mancassola, directeur du secteur adolescents au centre social L’envol, géré par Léo Lagrange Animation (LLA), a fait le choix d’impliquer directement des collégien·nes dans la conception d’un outil de sensibilisation à destination des enfants. Un projet éducatif ambitieux, né d’un constat de terrain partagé avec des partenaires locaux, et rendu possible grâce à un solide ancrage partenarial, notamment dans le cadre du Conseil Intercommunal de Sécurité et de Prévention de la Délinquance (CISPD).
Un constat de terrain partagé : parler des émotions derrière les apparences
Le point de départ du projet s’ancre dans l’observation du quotidien des jeunes. Lors des échanges entre professionnel·les organisés par le CISPD, chacun·e est invité·e à partager ses constats de terrain et à imaginer collectivement des réponses éducatives. « Sur nos quartiers d’intervention, les jeunes donnent souvent une image qui ne correspond pas à ce qu’ils ressentent réellement. Quand on prend le temps d’échanger en individuel, on se rend compte que beaucoup ont vécu des situations difficiles, notamment du harcèlement, qui les ont marquées », explique Quentin.
De ce constat est née l’idée de créer un outil de prévention qui permette de mettre des mots sur les émotions, de développer l’empathie et de favoriser le souci de l’autre, dès le plus jeune âge.
Un projet sur le harcèlement, co-construit avec des partenaires du territoire
Grâce aux rencontres facilitées par le CISPD, Quentin est mis en lien avec Aurore, de l’Équipe mobile de sécurité (EMS) de l’Éducation nationale et Julia, policière municipale impliquée dans une cellule de lutte contre les violences intrafamiliales et faites aux femmes. Les trois professionnel·les partagent des préoccupations communes, des regards complémentaires et une volonté de mettre en œuvre des actions de prévention.
Pendant trois mois, il·elles travaillent ensemble à la conception du projet : échanges sur les pratiques, croisement des expertises, réflexion sur les messages à transmettre et sur la posture éducative à adopter auprès des enfants comme des adolescent·es.
Ce travail partenarial s’est également appuyé sur une relation de confiance avec le collège du territoire, notamment avec la vie scolaire, afin d’inscrire le projet dans un cadre éducatif cohérent et partagé.
Des collégien·nes pleinement acteurs de la démarche
En février, Quentin intervient dans une classe de 6e, volontairement choisie pour son caractère dynamique et parfois turbulent. Il raconte : « j’ai présenté le projet aux élèves sur un temps de vie de classe : créer ensemble un outil de sensibilisation au harcèlement destiné à des élèves de CP à CE2. Résultat : les 21 élèves de la classe ont souhaité s’engager dans l’aventure ! »
La première étape consiste en une sensibilisation au harcèlement, à partir d’un support pédagogique existant. Quentin a en effet déjà créé d’autres outils et animations pour sensibiliser son public au harcèlement.
Les adolescent·es prennent la parole, lisent, interrogent leurs camarades, tandis que l’animateur les accompagne et complète les échanges. Une façon de leur permettre de s’approprier pleinement le sujet avant de devenir, à leur tour, des acteurs de prévention.
Vient ensuite le temps de la création collective. Après de nombreux débats et échanges, le groupe choisit de concevoir un jeu de l’oie, pensé spécifiquement pour des enfants de primaire. « Les ados ont défini ensemble les types de cases, les questions et les messages à transmettre, dans une dynamique de discussion et de recherche de consensus. J’avais imposé une seule règle : une formalisation claire des règles du jeu, que j’ai rédigées, pour prévoir aussi une utilisation autonome par les enseignant·es » complète Quentin.
Un jeu pour développer l’empathie et le vivre-ensemble
Le jeu aborde le harcèlement à hauteur d’enfant, à travers différentes catégories de cartes et de situations. Ainsi, lorsque les enfants lancent le dé, avancent leur pion sur le plateau, ils parviennent sur l’une des cases suivantes auxquelles correspondent des cartes : QCM, vrai-faux, exprime-toi, attention ou bravo. Par exemple :
- « QCM » Si tu vois un enfant toujours seul dans la cour, que fais-tu ? 1) tu l’invites à jouer 2) tu lui dis qu’il est bizarre.
- « Vrai / faux » : Une moquerie peut faire de la peine. Vrai ou faux
- « Exprime-toi » : Comment te sens-tu lorsqu’on se moque de toi ?
- « Attention » : Tu n’as rien dit quand ton ami était triste, tu recules d’une case
- « Bravo » : Tu as partagé quelque chose avec un camarade, avance d’une case
L’objectif est clair : développer l’empathie, la compréhension de l’autre et les bases du vivre-ensemble, sans culpabiliser, mais en amenant les enfants à réfléchir à leurs actes et à leurs paroles.
Une sensibilisation pensée dans la durée
Le projet ne se limite pas à une animation ponctuelle. Pour chaque classe de CP à CE2, trois interventions sont prévues :
- Une première séance animée par Quentin, Aurore et Julia, pour présenter le harcèlement et expliquer la démarche.
- Une seconde séance avec le jeu de l’oie, menée par Quentin et les adolescent·es créateurs du jeu, dans une logique de sensibilisation par les pairs.
- Une troisième séance assurée par Quentin, Aurore et Julia, pour recueillir les ressentis des enfants et évaluer l’impact de l’action.
Cette organisation permet de sécuriser le cadre, de donner du sens aux interventions des jeunes et de garantir un accompagnement éducatif de qualité.
Sensibiliser par les pairs : un levier éducatif puissant
La sensibilisation par les pairs constitue l’un des points forts du projet. En devenant « ambassadeurs » du jeu, les adolescent·es s’engagent dans une démarche citoyenne valorisante, tout en étant accompagnés par des professionnel·les. « Les jeunes s’approprient le message, s’engagent davantage et comprennent mieux les enjeux lorsqu’ils sont acteurs de la sensibilisation », souligne Quentin.
À terme, plusieurs boîtes de jeu seront mises à disposition sur le territoire de l’agglomération de Montbéliard : certaines animées directement par les équipes de Léo Lagrange Animation, d’autres utilisables en autonomie par les écoles, les accueils de loisirs ou les partenaires éducatifs. Le projet sera proposé en milieu urbain comme en milieu rural, illustrant la volonté de toucher un large public.
Un projet révélateur de la force du partenariat local
Au-delà du jeu, cette initiative illustre pleinement l’importance du travail partenarial local. Les temps d’échanges du CISPD ont permis la rencontre, la réflexion collective et l’émergence d’un projet ambitieux, au service des enfants et des jeunes.
En associant animateur·rices, Éducation nationale, police municipale et collectivités, ce projet démontre la capacité des professionel·les de Léo Lagrange Animation à co-construire des réponses éducatives pertinentes face aux enjeux de société.
Une dynamique appelée à se poursuivre, avec d’autres projets en réflexion autour de la prévention des violences, de l’expression des émotions et de l’engagement des jeunes.
De nombreux projets sont mis en place par les équipes Léo Lagrange pour prévenir, sensibiliser et lutter contre le harcèlement. Pour retrouver quelques-unes de ces initiatives, c’est ici.




