Dans le cadre de la rédaction de son futur projet éducatif, la Fédération Léo Lagrange a organisé un troisième webinaire consacré à la place des familles dans les dynamiques éducatives. Intitulée « Familles sous pression : la coéducation contre les inégalités », cette rencontre s’inscrit dans un cycle de conversations démocratiques organisées chaque mois sous forme de webinaires.
Pour nourrir sa réflexion, la Fédération a invité le think tank VersLeHaut, engagé depuis dix ans sur les questions d’éducation et de jeunesse. Marie-Caroline Missir, déléguée générale, et Stephan Lipiansky, directeur des études, sont venus présenter les principaux enseignements de l’étude nationale Familles sous pression, qui dresse un état des lieux précis de la réalité vécue par les parents en France aujourd’hui. « Les politiques familles telles que construites aujourd’hui n’embarquent pas une partie des enjeux et des constats qu’on dresse dans cette étude » souligne en introduction la déléguée générale de VersLeHaut.
Des familles de plus en plus isolées, des inégalités qui s’additionnent
Premier constat posé par l’étude : les configurations familiales ont profondément évolué. Stéphan Lipiansky rappelle que près d’un quart des familles sont aujourd’hui monoparentales et que 83 % d’entre elles sont dirigées par des femmes. On note également un affaiblissement des soutiens familiaux traditionnels : seuls 54 % des parents déclarent pouvoir compter sur leur famille élargie pour les accompagner dans l’éducation de leurs enfants.
L’isolement parental est renforcé par des facteurs géographiques et sociaux : l’éloignement des proches, notamment des grands-parents, concerne une large part des familles, tandis que les parents les plus isolés sont aussi les moins diplômés et les plus éloignés des services éducatifs. Ces fragilités se traduisent par des inégalités très concrètes pour les enfants, notamment en matière de parcours scolaires.
Face à ce constat, l’étude plaide pour « encourager les solidarité éducatives », en s’appuyant sur des adultes de confiance, des lieux d’accueil accessibles et des dispositifs qui rompent l’isolement.
Être parent aujourd’hui : une fonction sous tension permanente
L’étude met également en lumière une réalité largement partagée : l’épuisement parental. Plus d’un parent sur deux (53 %) estime que le travail que le travail les empêche de consacrer suffisamment de temps à l’éducation des enfants, tandis que 62 % des mères et des parents solos déclarent un état de fatigue proche de la rupture.
À cette tension s’ajoutent des injonctions multiples : suivi scolaire, gestion des écrans, alimentation, santé, sécurité numérique. 65 % des parents se disent déstabilisés par des messages contradictoires, souvent relayés par les médias et les réseaux sociaux. Or, dans le même temps, 59 % des parents déclarent ne pas savoir vers quelles structures se tourner pour être accompagnés (selon l’IFOP, 2022).
Pour VersLeHaut, ces constats appellent à une évolution des politiques familiales, encore trop centrées sur les aides financières, au profit de services concrets, de dispositifs de répit et d’un accompagnement humain plus lisible.
Coéducation, répit, reconnaissance : les échanges avec le public
La présentation a inspiré de nombreuses questions et réflexions aux participant·es du webinaire, bénévoles et professionnel·les exerçant majoritairement dans le champ de l’éducation populaire. Les échanges ont révélé des préoccupations largement partagées sur le terrain : plusieurs intervenant·es ont insisté sur la nécessité de ne pas culpabiliser les parents, et largement appelé à une coéducation comme réponse notable aux situations de détresse ou d’épuisement éducatifs.
« Un parent qui confie son enfant à un accueil de loisirs n’est pas un mauvais parent. L’enfant peut y grandir et s’y épanouir », a rappelé Cécile Garnier, directrice du pôle enfance de Léo Lagrange Animation, soulignant l’importance de reconnaître la complémentarité des acteurs éducatifs.
La question du temps de répit est revenue à plusieurs reprises. Pour Laurent Braillon, directeur de la Maison pour Tous du Petit Charran à Valence (26), « le bonheur, ce n’est pas tant l’argent que le temps. Du temps pour être avec ses enfants, mais aussi du temps pour souffler ». Un enjeu partagé par plusieurs participant·es, notamment face au risque de burn-out parental.
Les échanges ont également mis en lumière la difficulté, pour certains parents, de demander de l’aide sans se sentir jugés. « Toute demande d’accompagnement peut être perçue comme un aveu de faiblesse, surtout pour les parents solos », a souligné Henrick Ribot, animateur à l’espace jeunes de Brécé (35), pointant une approche parfois trop moralisatrice des politiques publiques.
En conclusion, Marie-Caroline Missir a rappelé que la parentalité ne peut être pensée sans une transformation plus large de notre regard collectif : « Reconnaître le besoin de répit, légitimer la place des enfants dans l’espace public, adapter nos politiques familiales à la réalité des vies d’aujourd’hui : c’est un combat essentiel. » En écho, Corinne Bord, vice-présidente de la Fédération Léo Lagrange rappelle : « Être heureux devient une revendication militante tant ce n’est plus une évidence. Le répit dans la parentalité est une proposition et un argument pour Léo Lagrange sur les colonies de vacances : elles permettent aussi aux parents de se retrouver et d’avoir un peu de répit. […] L’enfant peut être perçu comme encombrant : rouvrir des équipements le dimanche, c’est aussi offrir la capacité de faire des choses ensemble. »
Une réflexion qui fait pleinement écho aux travaux engagés par la Fédération Léo Lagrange, pour qui la parentalité n’est pas une affaire privée mais un enjeu éducatif et politique partagé.
Retrouvez le webinaire en replay intégral ici : https://vimeo.com/1161008367?share=copy&fl=sv&fe=ci
A l’occasion des élections municipales, la Fédération Léo Lagrange formule 60 propositions pour faire des communes de véritables territoires éducatifs. Retrouvez nos 60 propositions sur le site dédié : https://www.leolagrange-municipales2026.fr/




