« Passion militante : quelle place tient l’engagement associatif dans nos vies ? » Le 23 septembre 2026, la Fédération Léo Lagrange organisait un webinaire autour de la place de l’engagement associatif dans nos vies, avec Denis Maillard, essayiste et cofondateur de Temps commun. Cette rencontre virtuelle a permis d’interroger les évolutions du militantisme et les défis qu’elles posent aux organisations associatives telles que la Fédération Léo Lagrange.
Ce webinaire s’inscrit dans les réflexions menées par la Fédération Léo Lagrange autour de son futur projet éducatif, notamment sur la place de l’engagement au sein de notre mouvement. « Comment on s’engage à Léo Lagrange ? Quels moyens d’engagement ? Qu’est-ce qu’être salarié et engagé ? » interroge Corinne Bord, vice-présidente de la Fédération Léo Lagrange en introduction. Autant de questions qui invitent à repenser les formes de participation et les conditions de l’engagement, à l’aune des évolutions du militantisme.
Le militantisme se transforme, sans disparaître
Comment s’engage-t-on aujourd’hui ? C’est la question au cœur de l’étude « La passion militante. Participation civique, investissement associatif, implication professionnelle », réalisée par la Fondation Jean Jaurès à la demande de la MAIF et présentée par Denis Maillard, codirecteur d’Observatoire des Inégalités. À partir de ses observations et d’un sondage mené avec l’IFOP, il dessine le portrait d’un militantisme dont les formes se diversifient.
Traditionnellement, militer consiste à s’associer avec d’autres pour défendre une cause collective, en y consacrant du temps et de l’énergie. Mais le rapport à l’engagement évolue. Denis Maillard reprend notamment la distinction du sociologue Jacques Ion entre l’« engagement timbre », durable et étroitement lié à une organisation, et l’« engagement post-it », plus souple, que l’on peut interrompre ou combiner avec d’autres formes d’implication.
Ces deux modèles coexistent aujourd’hui. Les personnes souhaitent davantage d’autonomie dans leur engagement, tout en recherchant des collectifs avec lesquels agir. Elles aspirent aussi à une cohérence entre leurs convictions et leurs pratiques quotidiennes, y compris dans leurs choix de consommation.
« Le collectif demeure essentiel », souligne Denis Maillard. Qu’il passe par une organisation structurée, un groupe affinitaire ou une mobilisation ponctuelle, il permet de se retrouver autour d’une cause commune et de passer de l’intention à l’action.
Agir ici et maintenant : le besoin de voir les effets de son engagement
Cette évolution traduit aussi un changement de rapport au temps. Le modèle du « bonheur différé », selon lequel les efforts d’aujourd’hui préparent une transformation future, convainc moins. Les personnes engagées veulent pouvoir constater les effets de leur mobilisation, ici et maintenant.
Pour Denis Maillard, le militantisme contemporain se caractérise notamment par la recherche de résultats concrets et par une volonté de prendre les problèmes à la racine. Les mobilisations autour des violences sexistes et sexuelles ou du climat illustrent cette aspiration à transformer en profondeur la société.
Or, cette attente d’efficacité peut aussi fragiliser les personnes engagées. Selon les chiffres présentés lors du webinaire, 41 % des militant·es interrogé·es déclarent ressentir une fatigue militante, une proportion qui atteint 54 % chez les jeunes : l’engagement ne peut donc plus être pensé uniquement sous le prisme du sacrifice et de la disponibilité permanente.
Il s’agit aussi de prendre en compte les fragilités, de préserver la qualité des relations et de créer des espaces dans lesquels chacun puisse trouver sa place. Pour les associations, l’enjeu est de rendre visibles les avancées, même modestes, sans promettre de résoudre immédiatement des problèmes complexes.
Quelle place pour les nouvelles formes d’engagement dans les associations ?
Ces évolutions interrogent directement le fonctionnement des organisations : comment accueillir des personnes qui souhaitent davantage d’initiative et de participation directe, tout en préservant un cadre collectif, une continuité et des règles démocratiques communes ?
Pour Denis Maillard, il ne s’agit pas de renoncer à l’organisation, mais de savoir faire preuve de souplesse. Les associations doivent pouvoir proposer différents modes d’action, adaptés aux envies et aux possibilités de chacun, et permettre aux personnes de s’investir à des rythmes et pour des durées variables.
Cette réflexion concerne également l’articulation entre engagement bénévole et activité salariée. « Ce n’est pas le statut (bénévole ou autre) qui fait le militant », rappelle Denis Maillard : une organisation peut aussi être un espace d’engagement pour ses salarié·es, à condition de prendre en compte les spécificités de chaque relation et les différentes formes d’implication. L’enjeu est ainsi de donner aux personnes des moyens d’agir concrètement, de leur permettre de faire entendre leurs attentes et de rendre tangible l’utilité de leur contribution.
À Léo Lagrange, ouvrir de nouvelles perspectives pour l’engagement
En introduction, Corinne Bord avait rappelé combien ces questions rejoignent les réflexions engagées par la Fédération Léo Lagrange, autour de son futur projet éducatif. L’éducation à l’engagement fait partie de notre démarche éducative, il reste à interroger les conditions dans lesquelles chacun peut s’engager au sein de notre mouvement.
En conclusion, Corinne Bord fait le lien avec le droit au bonheur, au cœur des réflexions de la Fédération : « Je pense qu’on est anxieux parce qu’on ne sait pas comment agir : le militantisme peut être un levier de satisfaction et de projection vers du bonheur », en écho au travail mené par notre mouvement dans le cadre de son 28e Congrès thématisé « Jeunesses : le droit au bonheur ! »
Cette réflexion invite à considérer l’engagement comme une manière de reprendre prise sur le présent et de se projeter dans l’avenir. Le mentorat, évoqué pendant les échanges, en offre une illustration : accompagner ponctuellement une personne pour l’aider à franchir une étape, sans nécessairement inscrire cette relation dans la durée.
Pour la Fédération Léo Lagrange, ce webinaire ouvre ainsi des pistes pour poursuivre le travail sur son projet éducatif : mieux accueillir la diversité des engagements, soutenir les personnes dans la durée et permettre à chacune et chacun de contribuer, à sa mesure, à une action collective.
Retrouvez les précédents webinaires :
– Familles sous pression : la coéducation contre les inégalités – avec VersLeHaut
– Education à la paix : contre la peur, s’ouvrir au monde – avec Emmanuel Porte
– Autorité éducative : tenir le cadre pour libérer les possibles ? – avec Bruno Robbès




