À Vénissieux (69), la première promotion du BPJEPS ASEC par Léo Lagrange Formation réunit neuf stagiaires venu·es d’horizons professionnels très différents : EHPAD, référence familles, animation de proximité, accueils collectifs de mineurs (ACM), espaces jeunesse. Pour les amener à interroger ensemble la place de la culture dans leurs pratiques, Maurine Montcoudiol, formatrice, a choisi de leur faire vivre une journée de médiation culturelle, en juin dernier. Récit d’une pédagogie de l’expérimentation, entre rap, cohésion de groupe et remise en question des habitudes professionnelles.
Une promotion aux publics multiples, un même questionnement sur la culture
La promotion BPJEPS ASEC 2026-2027 de Vénissieux réunit neuf apprenant·es en alternance, chacun·e salarié·e dans une structure et des missions différentes : EHPAD, référence familles, animation de proximité, ACM, espace jeunesse. Cette diversité de terrains est à la fois une richesse et un défi pédagogique. Pour donner du sens commun à ce groupe hétérogène, la formatrice a choisi d’ouvrir la réflexion par une question simple en apparence : qu’appelle-t-on culture ? Quelles formes de culture différentes, et comment les valoriser dans des structures d’animation, d’ACM ou du secteur médico-social ?
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C’est pour incarner cette question qu’un intervenant extérieur a été invité : Stéphane Benhaddou, ancien directeur de MJC, aujourd’hui intermittent du spectacle et rappeur sous le nom de scène L’Officier Zen. Il intervient également en médiation culturelle dans de nombreux secteurs, dont le milieu carcéral.
Une journée en deux temps : comprendre, puis pratiquer
Le matin, Stéphane a échangé avec les stagiaires : comment fait-on de la place à la culture dans nos structures, comment mène-t-on une action de médiation culturelle, comment prépare-t-on un groupe à aller au musée, comment se prépare-t-on soi-même sans guide, et comment valorise-t-on aussi toutes les cultures déjà présentes dans nos structures ?
L’après-midi, il a animé un atelier de pratique culturelle, sur le modèle de ses interventions habituelles de médiation : d’où vient le rap, ses mélanges de genres, notamment avec le hip-hop. Puis les stagiaires sont passé·es à la pratique : écoute de musique, exercices de rythme, morceaux choisis pour raconter l’histoire du rap au fil de l’atelier. Tout était pensé pour que le groupe reste en action en permanence, tout en apprenant, à travers des exercices tantôt collectifs, tantôt individuels.
Au terme de ces trois heures, les stagiaires ont écrit ensemble une chanson, l’ont chantée, enregistrée, et Stéphane l’a mixée. Pour un groupe qui débutait tout juste sa formation, l’exercice a d’abord semblé hors de portée avant de devenir une vraie fierté collective.
Ce que la pédagogie de l’expérimentation apporte aux stagiaires
« Au-delà de la production finale, c’est la posture d’accompagnement de l’intervenant qui a marqué les stagiaires. Tous et toutes n’étaient pas à l’aise avec la pratique du rap, ni avec l’idée de se mettre en activité devant un groupe » explique Maurine. La bienveillance de Stéphane et l’enchaînement fluide des exercices ont permis à chacun·e de s’y risquer. Rien n’était laissé au hasard : chaque étape de l’atelier avait été construite pour amener le groupe, progressivement, vers la réalisation collective.
Maurine précise que cette progressivité fait directement écho à l’un des blocs de compétences du BPJEPS, la conception de séances : « les stagiaires doivent eux-mêmes apprendre à construire une progression pédagogique pour accompagner leur propre public vers les objectifs d’une séance. En se mettant à la place de leur public, le temps d’un après-midi, ils ont pu analyser beaucoup de choses sur leur propre pratique d’encadrement. »
Stéphane a par ailleurs partagé son expérience auprès de publics très variés, dont le milieu carcéral, expliquant comment ce travail s’organise avec un public éloigné de ceux généralement rencontrés en formation. Une manière, pour ce BPJEPS ASEC, d’ouvrir les horizons des stagiaires : au-delà de l’expertise de leur public actuel, la formation les prépare aussi à tous les publics qu’ils et elles pourraient un jour rencontrer.
Vivre plutôt qu’expliquer : le choix assumé de la pédagogie active
Ce choix de la mise en situation n’est pas anodin. Rien n’obligeait l’équipe pédagogique à faire vivre concrètement une action de médiation aux stagiaires plutôt que de la leur présenter en théorie. Mais la conviction est là pour Maurine : « la prise de conscience est plus rapide et plus profonde lorsqu’elle naît d’un moment partagé et expérimenté collectivement, plutôt que d’une explication descendante. C’est l’un des principes de la pédagogie active, qui peut prendre de nombreuses formes. »
Cette diversité de terrains professionnels au sein d’un même groupe est elle-même une ressource pédagogique. Entre un accueil de loisirs et un EHPAD, les techniques d’animation, les approches, la vision des publics ne sont pas les mêmes. Cette confrontation peut bousculer des habitudes ancrées chez des professionnel·les qui travaillent toujours avec le même public, et donner à chacun·e l’envie d’expérimenter, avec son propre public, les techniques des autres. Les stagiaires prennent ainsi conscience que cette mixité de profils apporte énormément au champ de l’animation collective.
Ces échanges de pratiques, riches et réguliers, dépassent le seul cadre technique poursuit la formatrice : « ils ouvrent une réflexion plus large sur la place de l’animation dans la société, et sur l’engagement de chacun·e dans ce métier, dans la continuité des principes de l’éducation populaire. Le parcours de formation est ainsi construit comme un aller-retour permanent entre la salle de formation et le terrain, où chaque stagiaire mène par ailleurs un projet d’animation dans sa propre structure. »
Prochaine étape : une immersion dans le secteur du handicap
Cette pédagogie de l’expérimentation va se poursuivre dans les prochaines semaines, avec un nouveau projet : une intervention au sein d’un SESSAD (service d’éducation spéciale et de soins à domicile), qui accompagne des adolescent·es présentant des troubles du neurodéveloppement.
Une première visite est prévue le 15 septembre. L’équipe du SESSAD présentera aux stagiaires le champ éducatif adapté et l’univers du handicap, et les formera aux troubles du neurodéveloppement. Elle leur confiera ensuite une commande pédagogique. Les stagiaires reviendront début novembre, après avoir préparé leur intervention, pour animer une activité auprès de groupes d’enfants du SESSAD.
Une nouvelle occasion, pour ce BPJEPS ASEC, de faire vivre aux stagiaires ce qu’ils et elles auront ensuite à transmettre.

Pour garder le contact :
Maurine Montcoudiol
Formatrice BPJEPS ASEC
maurine.montcoudiol@leolagrange.org




