Françoise, Emile et Pascal sont tous les trois habitant·es du quartier où se trouve la maison d’éducation populaire (MEP) L’Archipel, à Dijon (21), gérée par Léo Lagrange Animation depuis sa création en 2020. Bénévoles depuis plusieurs années, il·elles consacrent une partie de leur temps à l’atelier bricolage, au jardinage, à l’accompagnement à la scolarité ou à la gouvernance de la structure. Un engagement guidé par une conviction commune : créer du lien, sortir les habitant·es de leur isolement, en leur donnant l’occasion de passer un bon moment ensemble.
Des parcours différents, une même maison
Françoise, Emile et Pascal ont chacun·e leur histoire avec L’Archipel, mais un point commun : leurs enfants, ou leur propre curiosité, les ont menés vers la structure bien avant qu’elle ne devienne ce qu’elle est aujourd’hui. Françoise a répondu, dès 2020, à un questionnaire dans le cadre du diagnostic préalable à la création de la MEP. « Ça m’a intéressée, j’ai suivi la création de la structure », se souvient-elle. Elle participe au premier repas partagé organisé en mars 2020, alors qu’elle est encore salariée. Depuis qu’elle est retraitée, elle s’investit davantage.
Emile, lui, fréquentait l’accueil jeunes Mansart du quartier dès l’âge de 11 ans. C’est l’arrivée de Renaud Minuel, aujourd’hui directeur de L’Archipel, et la perspective du projet de réhabilitation du bâtiment qui l’ont convaincu de s’investir : « On a tout retapé pour qu’il soit à l’image de ce qu’on voulait : une maison accueillante pour les habitants du quartier. » Pascal a suivi un chemin comparable : ses enfants fréquentaient déjà l’accueil jeunes, avant même la création de L’Archipel, et c’est lui aussi la rencontre avec Renaud, lors du diagnostic de territoire, qui a été le déclencheur. Il a attendu d’être retraité, en 2021, pour s’investir pleinement.
Bénévoles et salarié·es, une même équipe
Pour Françoise, Emile et Pascal, la réussite de L’Archipel tient à l’équilibre trouvé entre bénévoles et professionnel·les. Emile, administrateur de l’association des usager·ères depuis 2023, insiste sur ce point : « Avant d’être administrateur, je suis bénévole, ce qui est important pour avoir ce lien avec les usagers. Ce qu’on aime surtout, c’est être bénévole, administrateur c’est un plus. » Il rappelle que sans les bénévoles, la maison de quartier « ce serait juste quatre murs et un toit ».
Françoise, également administratrice, décrit une gouvernance partagée entre l’équipe salariée, la Fédération Léo Lagrange et l’association des adhérent·es de L’Archipel, chacune ayant un rôle précis. Les bénévoles participent aux décisions qui concernent directement la structure, comme les modalités d’inscription et les tarifs, tandis que les ressources humaines ou la gestion budgétaire restent portées par l’équipe professionnelle. « Les habitants ne veulent pas s’occuper de la gestion RH et budgétaire », précise-t-elle. Pascal évoque de son côté une formation suivie avec les salarié·es pour « casser la frontière bénévole-salarié », afin que chacun·e trouve sa place et connaisse précisément son rôle.
Créer des occasions de se rencontrer
Concrètement, cet engagement prend la forme d’ateliers réguliers, pensés pour attirer les habitant·es et leur donner envie de revenir. Emile et Pascal animent ensemble l’atelier bricolage et le jardinage, deux fois par semaine, où ils ont notamment créé une bande de permaculture. « On veut inciter les gens à venir participer aux ateliers ici, découvrir ce qu’on fait », explique Emile. Pour se faire connaître, l’équipe a eu l’idée d’installer à l’entrée un panneau, façon menu de restaurant, annonçant les activités du jour et invitant les passant·es à entrer. « Le plus dur, c’est de passer le portail. Après, on les accueille », résume Emile.
Pascal, de son côté, aimerait que l’atelier bricolage propose bientôt des journées ouvertes aux habitant·es, une fois par mois, pour leur apprendre une technique simple : « ils pourraient par exemple fabriquer une boîte à clés et ils repartiraient ainsi avec un objet réalisé de leurs mains. » Il est également bénévole depuis plusieurs années au CLAS (contrat local d’accompagnement à la scolarité), tous les mardis, pour aider les enfants du CP au CM2 à faire leurs devoirs. « On démarre avec un goûter, et on fait ça avec le sourire », raconte-t-il. Françoise, elle, participe au conseil d’usager·ères depuis le début, ainsi qu’aux ateliers cuisine, et suit de près le projet d’agrandissement de L’Archipel.
Ce que le bénévolat leur apporte
Au-delà de l’aide apportée aux autres, les trois bénévoles sont unanimes sur ce que cet engagement leur apporte personnellement. Pour Françoise, c’est avant tout un collectif où « chacun peut apprendre de l’autre », dans un cadre bienveillant : « Ça fait partie des lieux où je crée du lien social. Si je ne venais pas ici, j’en aurais beaucoup moins ! » Emile parle d’une expérience « des plus enrichissantes humainement et qui nourrit aussi ma formation en BTS économie sociale et familiale. » Il évoque également la satisfaction de voir, année après année, davantage d’habitant·es franchir la porte : « Voir toute cette vie de quartier, c’est super. »
Pascal retient surtout les liens tissés avec les enfants du CLAS : « Je m’attache aux gamins, et les gamins s’attachent à nous. » Il se souvient avoir hésité avant de se lancer dans l’aide aux devoirs, avant que Zaïneb, référente famille de L’Archipel, ne le convainque de venir essayer. Et il en est ravi !
Des projets pour demain
Côté gouvernance, Françoise espère voir de nouveaux visages rejoindre le conseil d’administration : sur dix places disponibles, plusieurs restent encore à pourvoir. Un travail est en cours, avec l’appui d’un dispositif d’accompagnement, pour formaliser précisément le périmètre d’action et de responsabilité des administrateur·rices. Emile, qui entame un troisième mandat, souhaite continuer à porter la voix des bénévoles et à faire connaître L’Archipel dans le quartier. Pascal, lui, a hâte de lancer les journées bricolage ouvertes aux habitant·es, dès que l’atelier et tout le matériel seront complètement installés.
Un même message, pour convaincre d’essayer
Si Françoise, Emile et Pascal ont un message à faire passer, c’est bien celui-là : venir voir, au moins une fois. « Rien n’est engageant, on conserve sa liberté. Il ne faut pas craindre de venir essayer », invite Françoise. Emile abonde : « Toute personne qui hésite devrait au moins une fois franchir la porte d’une association de quartier pour découvrir ! » Et Pascal de conclure : « Quand les gens ont franchi la porte et passé un très bon après-midi, on a gagné notre pari : leur donner envie de revenir. »
(Re)lire l’article Le Paren’thé café de la maison d’éducation populaire L’Archipel à Dijon : un espace pour échanger et se soutenir entre mères de famille




