Le 7 octobre 2026, Léo Lagrange Animation (LLA), la mairie Margny-lès-Compiègne et l’Agence française anticorruption (AFA) ont organisé un après-midi d’ateliers pour les jeunes élues et élus du Conseil municipal des jeunes (CMJ). Cette journée était l’occasion de célébrer les 10 ans de l’Agence et mettait à l’honneur le partenariat engagé en 2023 autour du livret « Et si on s’parlait de la corruption ? » de notre programme Les petits citoyens.
Depuis 2023, un partenariat pour expliquer la corruption aux jeunes publics
Comment expliquer aux enfants ce qu’est la corruption, en quoi elle remet en question l’intérêt général et comment la combattre ? C’était le défi relevé à l’automne 2023 par notre programme Les petits citoyens, avec la parution du livret « Et si on s’parlait de la corruption ? », réalisé en partenariat avec l’AFA.
Fidèle à l’esprit de la collection « Et si on s’parlait », le livret met en scène des situations de corruption facilement compréhensibles par les enfants, dans leurs différents lieux de vie : au sein d’une équipe sportive, à l’école, ou encore avec la mairie d’une commune. Les personnages de bande dessinée des petits citoyens commentent chaque situation, rencontrent un lanceur d’alerte, et rappellent que chacun a un rôle à jouer : l’Etat, la justice, les associations, les journalistes, les lanceur·euses d’alerte… et nous toutes et tous. Une vidéo qui met en scène une situation de corruption pendant un match de football complète le livret.
En décembre 2023, le livret a servi de support d’animation lors d’un après-midi organisé avec l’AFA à l’accueil périscolaire du Pré-Saint-Gervais. Un an plus tard, en décembre 2024, un numéro de L’Hebdo était consacré à la corruption. Puis en septembre 2025, l’AFA a de nouveau sollicité LLA pour réaliser une version anglaise du livret, destinée à ses propres actions.
Pour les 10 ans de la loi Sapin 2 et de la création de l’AFA, cap sur un conseil municipal de jeunes
Adoptée le 9 décembre 2016, la loi relative à la transparence, à la lutte contre la corruption et à la modernisation de la vie économique, dite loi Sapin 2, a notamment créé l’Agence française anticorruption. Pour marquer ses 10 ans, l’AFA a souhaité renouveler l’expérience du Pré-Saint-Gervais, mais cette fois auprès de jeunes déjà engagé·es dans la vie de leur commune : les membres d’un conseil municipal d’enfants ou de jeunes (CME ou CMJ).
Le choix s’est porté sur Margny-lès-Compiègne, ville partenaire de notre association depuis près de 30 ans. Ludovica Feigueux, directrice du service, et Jérémy Lapin, coordinateur jeunesse et du CMJ, ont présenté le projet aux élu·es de la Ville puis aux jeunes.
Cécile Garnier, directrice du pôle enfance, a coordonné l’organisation de cet événement et a co-animé les ateliers. Elle explique : « Les ateliers ont été conçus par Jérémy Lapin et Anatole Lesieur, chargé de mission développement et communication du programme Les petits citoyens. Les objectifs de l’événement : permettre à l’équipe de l’AFA de vivre de l’intérieur une séance de CMJ consacrée à la corruption et sensibiliser les jeunes élu·es à ce sujet essentiel pour tous, élus comme citoyens. »
Un après-midi en mairie, entre ateliers et débats
Mercredi 7 octobre, c’est dans la salle du conseil de la mairie que 7 jeunes élu·es de 11 à 16 ans, ont accueilli l’AFA, revêtu·es de leur écharpe tricolore. Un cadre solennel qui disait l’importance du sujet.
Après un mot d’accueil de Bernard Hellal, maire de Margny-lès-Compiègne, et un jeu pour briser la glace, les jeunes ont lu ensemble le livret « Et si on s’parlait de la corruption ? », puis partagé ce qu’ils et elles en avaient compris.

Premier atelier : repérer ce qui caractérise une situation de corruption. Selon leur âge, les jeunes ont étudié plusieurs situations tirées du livret. Arthur qui propose des bonbons à P’tite Marianne pour qu’elle truque le tirage au sort des équipes. Un parent qui propose à une enseignante de faire gratuitement ses courses dans son magasin, en échange de bonnes notes pour son enfant. Une personne qui offre des places de concert à un policier pour échapper à une sanction. Ou encore une entreprise qui paie des responsables d’un pays pour exploiter plus de ressources naturelles que les règles ne l’autorisent. Cécile précise : « A chaque fois, se posaient les mêmes questions : qu’est-ce qui est proposé, et en échange de quoi ? Quelle règle est contournée ? Qui est avantagé, et qui risque d’être désavantagé ? »
Face à l’histoire du parent et de l’enseignante, la réaction a été immédiate : « c’est pas juste ». Ce sentiment d’injustice a ouvert la discussion sur l’égalité et l’équité. Pas à pas, les jeunes ont construit leur propre définition de la corruption, reprise et complétée par l’AFA : des situations différentes, mais un même mécanisme, où une personne promet un avantage pour obtenir une faveur de quelqu’un qui utilise sa fonction ou son pouvoir. Une pratique interdite, qui nuit aux autres et à l’intérêt général.
Isabelle Jégouzo, directrice de l’AFA, a ensuite présenté les missions de l’agence, puis un nouveau temps d’animation a suivi. Cartons rouges et verts en main, les jeunes ont dû trancher : offrir un cadeau à un ami qui nous a aidé à déménager, est-ce de la corruption ? Et proposer des gâteaux à une surveillante pour sortir plus tôt de l’école ? Ou donner de l’argent à un policier pour éviter une amende ? Chaque vote a donné lieu à un échange, nourri par les réponses des équipes de l’AFA.
Mise en situation : comment réagir face à une tentative de corruption ?
Dernière étape : une situation fictive dans la ville imaginaire de Grandvert. Une chanteuse se voit proposer la grande salle municipale gratuitement, à condition de publier une vidéo appelant ses fans à voter pour le maire. Que peut faire la chanteuse ? Et l’agent de la mairie qui a entendu la proposition ? Les journalistes, les habitant·es, la police, la justice ?
Les jeunes ont cherché comment chacun·e peut agir, selon son rôle, sans accuser sans preuve ni relayer de rumeurs. Prévenir la police, oui, mais comment prouver les faits ? « C’est justement le plus difficile », a souligné Isabelle Jégouzo, « car dans les affaires de corruption, il est compliqué d’obtenir des témoignages. Le mieux est de dire non tout de suite. Car tenter de corrompre quelqu’un, même sans succès, peut déjà valoir une condamnation. »
L’après-midi s’est conclu par un goûter convivial, les jeunes ont fait part de leur intérêt pour ce sujet et de leur satisfaction d’avoir participé à cette activité.
Parler de corruption, c’est parler d’intérêt général
Pourquoi aborder un tel sujet avec des enfants et des adolescent·es ? Parce que parler de corruption, c’est parler d’intérêt général, de règles communes, de justice. « Respecter la loi, c’est garantir que le même cadre s’applique à toutes et à tous : si une personne obtient un avantage en contournant les règles, ce sont les autres qui en paient le prix. Ce cadre commun est le garant de l’égalité et de l’équité », conclut Cécile.
C’est aussi un message d’engagement : chacune et chacun peut lutter contre la corruption à son échelle, en la refusant. En expliquant aux jeunes qu’ils et elles peuvent dire non, comment le dire et pourquoi, nous les aidons à devenir des citoyennes et des citoyens éclairé·es. En cela, la démarche de LLA rejoint la mission de prévention et d’information de l’AFA.
Eduquer les futur·es citoyen·nes est au cœur des missions de notre mouvement. Et cet enjeu prend une dimension particulière dans les conseils municipaux d’enfants et de jeunes, où les élu·es apprennent à représenter leurs pairs et à porter des projets au service de toutes et tous. Les reconnaître comme des citoyennes et citoyens à part entière, c’est aussi leur donner les clés pour comprendre ce qui fragilise la confiance dans la vie publique.
Pour garder le contact :
Cécile Garnier
Directrice du pôle enfance
cecile.garnier@leolagrange.orgAnatole Lesieur
Chargé de mission développement et communication
anatole.lesieur@leolagrange.org
Pour aller plus loin :
Le livret « Et si on s’parlait de la corruption ? »
La vidéo des petits citoyens
L’Hebdo de décembre 2024
L’action au Pré Saint-Gervais avec l’ESOP sur la corruption






