Accueillir tou·tes les habitant·es, leur offrir une écoute attentive, leur proposer des activités pendant lesquelles il·elles rencontreront de nouvelles personnes et pourront tisser des liens. Garantir un lieu toujours ouvert, animé par des professionnel·les qui ont le goût des autres, dans toute leur diversité et leurs différences et qui sauront accompagner les usager·ères et les orienter pour résoudre leurs problématiques sociales. Ou tout simplement, assurer un rempart contre l’isolement en souhaitant la bienvenue à tous ceux et toutes celles qui passent la porte. Ce sont quelques-unes des missions, quelques-uns des objectifs de l’équipe de la Maison d’éducation populaire (MEP) L’Archipel à Dijon (21). Rencontre !
La MEP L’Archipel a pour ancêtre l’accueil jeune Mansart, géré par Léo Lagrange Animation depuis le début des années 2000. A la fin des années 2010, la Ville souhaite installer des équipements de proximité dans chaque quartier dijonnais. Le réseau Léo se positionne et anime de premières activités tout public en 2019 dans le quartier Université. Renaud Minuel, l’actuel directeur de la MEP, est recruté dans la foulée pour réaliser un diagnostic territorial et identifier les besoins du quartier. Parmi ceux-là : assurer une programmation pour rompre l’isolement des habitant·es, et en particulier des seniors seul·es.
Quelques années et travaux plus tard, la MEP déploie ses animations dans sa « petite maison » entourée d’un grand espace vert en cours d’investissement par ses bénévoles-usager·ères.
La « petite maison », ainsi nommée par les bénévoles, accueille plusieurs fois par semaine divers ateliers manuels et rencontres pour tous les publics.
Atelier cuisine : se rencontrer et échanger autour de wraps
Ce mercredi, dès 9h, Victorine, chargée d’accueil et de communication et Dominique, animatrice tout public, sont déjà à pied d’œuvre avec deux usagères, Mireille et Marie-Claude. Elles installent tout le nécessaire pour l’activité cuisine : réalisation de wraps pour un grand déjeuner partagé !
Au cours de la matinée, elles sont progressivement rejointes par d’autres usagères qui prennent place autour de la grande table et entreprennent d’éplucher et couper carottes, concombres et autres crudités qui garniront les wraps, en fonction des goûts de chacun·e.
La préparation culinaire constitue bien un prétexte parmi d’autres pour favoriser la rencontre, donner une occasion aux gourmand·es, mais pas uniquement, de s’installer quelques heures pour papoter, émettre quelques confidences ou encore partager les dernières actualités du quartier.
« … pour ne pas rester seule chez moi et ruminer, j’essaie de m’inscrire à plein d’activités »
Mireille fréquente la MEP depuis ses débuts, 2020 et annonce tout de suite venir pour rencontrer des personnes : « je suis veuve, alors pour ne pas rester seule chez moi et ruminer, j’essaie de m’inscrire à plein d’activités, si la santé me le permet. Je sors de chez moi autant que possible, pour passer des bons moments en échangeant avec d’autres usagers et de tous les milieux sociaux. »
Elle explique avoir participé récemment à une visite guidée de la cité de la gastronomie ainsi qu’à une découverte de Dijon pendant la Seconde guerre mondiale : « Dijon était proche de la ligne de démarcation, ce qui a eu beaucoup d’impacts. J’ai appris plein de choses ! »
Peu à peu, les saladiers et autres plats se remplissent des crudités et sauces qui agrémenteront le repas. La matinée file et Dominique assure l’intendance logistique, passant de l’une à l’autre pour aider, changer le matériel ou discuter quelques instants pour prendre des nouvelles de chacune.
Animatrice tout public, elle explique que sa mission c’est : « créer des animations pour que les gens se rencontrent, créent du lien. Nous devons permettre aux personnes de faire des activités différentes, qu’elles ne feraient pas seules. » Pour la professionnelle, passionnée par son métier, le vivre-ensemble prend tout son sens à la MEP : « nous favorisons le partage de moments tous ensemble, que les personnes se rencontrent, quels que soient leurs origines, leur genre, leur religion. Nous nous adaptons aux âges, aux personnes. » La tolérance, le respect de l’autre et la liberté sont des valeurs que Dominique veut transmettre autour d’elle.
« Ici j’ai trouvé des gens de confiance qui prennent le temps de m’écouter. »
Marie-Claude est aussi une fidèle de la première heure ! Elle fréquente la MEP depuis 2020. Elle chérit particulièrement les sorties culturelles ! « Dès que la MEP en fait une, je m’inscris aussitôt ! ». Elle participe aux ateliers couture, cuisine et aux balades malgré ses 86 ans ! « J’ai marché 11km récemment, un guide commentait les différentes variétés d’arbres, c’était génial ! »
Tout comme Mireille, Marie-Claude vit seule, ses enfants habitent loin de la Bourgogne : « j’ai besoin d’être active et d’avoir de la compagnie alors je viens ici pour faire plein d’activités ! Je trouve ici de l’amitié, de la compréhension car chaque fois que j’ai des problèmes, tout le monde est bienveillant et m’aide à trouver des solutions. » Elle précise qu’elle a refusé de déménager pour rejoindre l’un de ses enfants : « je n’ai pas voulu, je lui ai détaillé tout ce que je faisais avec l’Archipel et à quel point cela me plaît. Ici j’ai trouvé des gens de confiance qui prennent le temps de m’écouter. »
Un comité d’usagers et des bénévoles engagé·es pour le lien social sur le quartier
C’est justement le projet et l’ambition des bénévoles et administrateur·rices du comité des usager·ères de L’Archipel : favoriser la rencontre et le lien social pour rompre l’isolement. Françoise, administratrice, bénévole et usagère valorise l’ambiance conviviale du lieu et la place accordée à chacun·e : « on vient tel qu’on est et on est accueilli ainsi ! Nous avons le souci d’aller chercher les besoins des habitants, on veut s’adresser à eux, créer du lien pour eux. »
Même conviction pour Pascal, administrateur : « il y a trop de personnes qui n’osent pas sortir de chez elles et s’ennuient. A L’Archipel, on veut casser cette solitude. C’est notre mission principale : créer du lien. »
Emile est sans doute l’un des plus anciens de la MEP malgré son jeune âge : il a fréquenté l’accueil jeune Mansart de ses 11 à 18 ans puis s’est engagé dans le comité d’usagers de L’Archipel. Il est particulièrement touché par les liens qui se créent à la MEP : « ce qui me plaît, c’est de voir les personnes s’épanouir, observer des personnes isolées nous rejoindre pour boire un café. C’est l’esprit Archipel : on est tous ensemble, on a tous quelque chose à apporter, c’est ça l’éducation populaire pour moi ! »
Et c’est aussi la force du réseau Léo Lagrange : impulser puis animer des équipements de proximité pour que les habitant·es, les usager·ères, les bénévoles, s’engagent et fassent vivre le lien social sur leur territoire.




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