Du 25 au 29 mars 2026, l’île du Frioul à Marseille a accueilli une formation européenne dédiée à la web radio, dans le cadre du projet Bridging Beats. Porté par la Fédération Léo Lagrange et trois partenaires européens et co-financé par l’Union Européenne dans le cadre de son programme Erasmus+ Jeunesse et Sport, ce projet vise à faire de la radio un véritable outil éducatif, au service de la participation des jeunes et du développement de leur esprit critique. Cette formation marque une étape clé : celle du passage de la recherche à l’action.
Bridging Beats : comprendre avant d’agir
Lancé en janvier 2024, le projet Bridging Beats est porté par 4 organisations de jeunesse européennes : la Fédération Léo Lagrange en France, APG (Agenzia per la promozione dei giovani) en Italie, l’organisation EIVA en Roumanie, et KASA Humanitarian Foundation en Arménie. Au cœur du projet, une ambition claire : faire de la radio un véritable outil éducatif, au service de la participation des jeunes et du développement de leur esprit critique. Il ne s’agit pas seulement d’apprendre à manier un micro, mais bien d’explorer la radio comme un support d’expression, de débat et de sensibilisation.
Le projet Bridging Beats s’est d’abord construit sur une phase de diagnostic menée dans chacun des pays partenaires. En France, en Italie, en Roumanie et en Arménie, des enquêtes et entretiens ont été réalisés auprès de jeunes et de professionnels de la jeunesse pour mieux comprendre les usages et les freins liés à la radio.
Trois constats majeurs en sont ressortis :
- un manque d’outillage des professionnels pour utiliser la radio comme support éducatif,
- l’émergence de nouveaux espaces de participation pour les jeunes via les médias,
- et un besoin clair de formation pour accompagner ces pratiques.
La formation Radio (Raising Awarness and Driving Impact trought Outreach) de Bridging beats organisée au Frioul en mars 2026 s’est organisée dans la deuxième phase du projet, entre réflexion et mise en pratique. Au cœur de cette formation : un objectif simple mais structurant, outiller concrètement les professionnel·les pour qu’ils puissent passer à l’action.

Une formation pour passer de l’idée à la pratique !
Pensée comme un temps intensif de montée en compétences, la formation a été construite de manière progressive, en lien direct avec les résultats de la phase de recherche. Dispensée en anglais, elle s’adressait aux 24 professionnel·les issu·es des 4 organisations engagées.
Le premier temps a permis de poser les bases : partage des constats issus des études menées dans chaque pays, réflexion autour de l’éducation aux médias et introduction aux outils du projet. Les participant·es ont ensuite découvert les kits radio mis à disposition, qu’ils et elles ont pu rapidement prendre en main à travers des premiers tests et enregistrements.
Le deuxième jour marque un tournant avec l’intervention de l’association Making Waves, actrice de l’éducation aux médias et à l’information, et formatrice sur l’outil radio ! Répartis en équipes, les participant·es ont conçu une émission de radio de A à Z : choix des sujets, écriture, répartition des rôles, enregistrement… « L’enregistrement de chaque émission était un vrai temps fort de la formation”, commente Célia Dedeyan, responsable des projets européens et référente du projet pour Léo Lagrange. “Les groupes mêlaient différentes nationalités et différents niveaux de pratiques, pour un maximum d’échange et de partages. » Un exercice intense, qui a révélé toute la richesse du travail collectif et la puissance du média radio. Comme le souligne Camille Bonfils, accompagnatrice de projets jeunes à Nantes et participante à la formation « Comme on a fait une émission de radio entière sur une journée, j’ai appris comment on peut refaire une émission avec les jeunes avec les différentes composantes d’une émission. »
Enfin, le troisième temps s’est tourné vers l’après. En groupes mononationaux, les professionnel·les ont travaillé à la conception des ateliers qu’ils mettront en place à leur retour. Objectif : adapter les apprentissages à leurs réalités de terrain, avec une grande liberté dans les formats et les thématiques, à condition de s’inscrire dans une démarche émancipatrice auprès de jeunes de 16 à 25 ans.


Combiner compétences techniques et richesse interculturelle
C’est avant tout la dimension européenne de l’expérience qui marque les esprits. Travailler en anglais, échanger avec des collègues et homologues venus d’autres pays, confronter ses pratiques : autant d’éléments qui viennent nourrir les approches professionnelles ! « C’était certes challengeant de travailler en anglais, mais ça ne nous empêchait pas d’échanger » témoigne Arthur Balouet, animateur jeunesse à la Maison de Quartier Bellevue-Kerinou à Brest, lui aussi participant à la formation.
Camille évoque un « petit pas de côté » permis par la « dimension interculturelle, aussi intéressante pour le côté pro que pour le personnel. Ce sont ces à-côtés qui m’ont nourrie. » Au-delà de la barrière linguistique, c’est la confrontation des réalités professionnelles qui se révèle particulièrement inspirante. D’un pays à l’autre, les publics, les contraintes institutionnelles et les traditions de l’animation jeunesse diffèrent : on n’accompagne pas un·e jeune de quartier prioritaire à Brest comme on travaille avec des jeunes ruraux en Italie ou avec des publics arméniens marqués par d’autres enjeux sociaux et culturels. Cette diversité crée un effet miroir précieux : en découvrant comment ses homologues européens contournent les mêmes obstacles avec d’autres réflexes, chacun·e repart avec un répertoire élargi de pratiques — et un regard renouvelé sur les siennes.
À Léo Lagrange, une pratique déjà ancrée et partagée
Si la radio est au cœur de Bridging Beats, ce n’est pas un hasard : à Léo Lagrange, elle est déjà utilisée depuis plusieurs années comme outil éducatif. L’enjeu du projet est justement de partager cette expérience à l’échelle européenne.
La radio y est pensée comme un levier d’expression, d’apprentissage et d’émancipation. Elle permet de travailler l’oral, la confiance en soi, l’esprit critique, tout en créant des espaces d’écoute. Les professionnels en témoignent concrètement, comme Camille : « J’ai des exemples très précis en tête de jeunes qui ne prennent pas la parole et avec le micro c’est plus facile, parce qu’il y a une meilleure écoute. On entend bien ce que dit l’autre, il y a quelque chose de calme et d’écoute. […] C’est un vecteur de lien, un outil pour les jeunes pour s’exprimer, une jeune d’anxiété sociale peut prendre la parole et exprimer ses idées. »
Par sa grande souplesse, elle permet d’aborder des sujets variés, parfois inattendus. Arthur Balouet, en fait l’expérience sur le terrain :
« Le média est tellement ouvert qu’on peut y mettre un peu tout ce dont on a envie : les portes sont grandes ouvertes pour aborder des thématiques que les jeunes sollicitent. […] Ce sont des thématiques dont les jeunes ne se seraient pas saisis par eux-mêmes et on les voyait. »
Qu’il s’agisse de patrimoine, d’histoire locale ou de sujets plus personnels, la radio devient ainsi un véritable “prétexte” pédagogique pour susciter l’intérêt et engager les jeunes dans des démarches qu’ils n’auraient pas initiées seul·es.
Et maintenant, 8 mois pour expérimenter sur le terrain !
De retour sur le continent, les participant·es reviennent avec des idées plein la tête, et de nouvelles compétences à mettre en action ! Pour Camille, cette formation a permis de structurer une nouvelle dynamique pour la radio de l’EclectiC, qui cherchait un nouveau souffle. Le projet nantais, baptisé Radio Cœur, s’articule autour du fil rouge de la structure jeunesse pour l’année scolaire 2025-2026 : l’amour ! Des échanges et discussions ouvertes autour du micro, qui donnent vie à des podcasts, dont certains sont déjà à découvrir !
Retrouvez les premiers épisodes de Radio Cœur ici :
Côté Brest, Arthur souhaite également donner un nouvel élan aux activités radio de la Maison de quartier, déjà impliquée depuis plusieurs années sur le sujet notamment à travers les liens tissés avec l’association brestoise Longueur d’Ondes. Dès son retour, il applique les enseignements de Bridging Beats dans un contexte des plus propices à ce projet européen ! « Je suis parti en séjour avec quelques jeunes de la MDQ à Barcelone : on a emporté un micro et un casque, et on en a profité pour enregistrer plein de matières ! L’objectif ce serait de faire de ce séjour de petits podcasts, que l’on débrieferait en live lors de leur diffusion en plateau. » Quelques jours plus tard, Arthur co-anime l’activité webradio à l’évènement Horizon Aéro, un évènement de découverte des métiers des secteurs aéronautique, aérien et numérique destiné aux 13 – 25 ans, organisé en territoire brestois : « C’était vraiment sympa parce que ça m’a permis de retrouver les conditions d’un plateau, et de voir s’exprimer une grande diversité de jeunes pendant les deux journées. »
Cette mise en pratique rapide permet d’ajuster les formats, d’expérimenter avec différents publics, et de repenser la manière d’animer les ateliers. Arthur évoque d’ailleurs une évolution vers des dispositifs plus souples : moins contraints, plus ouverts, capables de s’adapter à des groupes fluctuants.
Au cours des prochains mois, chaque participant·eà la formation radio de Bridging Beats va mettre en place un projet radio avec les jeunes qu’ils ou elles accompagnent, pour démontrer l’efficacité de la radio comme levier d’expression et d’engagement pour les jeunes, en France comme en Europe !




