Dans le quartier de la Belle de mai à Marseille (13), des voisines se croisent, échangent régulièrement. L’une d’elles est réalisatrice, les autres sont usagères du centre social, mères, bénévoles, et engagées. De cette rencontre naît une idée : réaliser un documentaire qui raconte leur vie de femmes, de mères, leur place dans le quartier et leur engagement. Le centre social de la Belle de mai, géré par Léo Lagrange Animation, a soutenu et accompagné ce projet.
« Cœurs de Mai », documentaire porté par les femmes du collectif « On le fait pour nous », réalisé par Léopoldine Stouvenot et accompagné par le centre social Belle de Mai, a été tourné d’octobre à décembre 2025. Le 6 mai dernier, il était projeté en avant-première devant plus de 230 personnes, habitant·es, élu·es et partenaires institutionnels.
Une soirée qui illustre concrètement ce que peut produire la coopération entre un centre social Léo Lagrange Animation, un collectif d’habitantes et une artiste, dans une démarche de co-construction.
Un projet porté par les habitantes, soutenu par le centre social
« Le collectif « On le fait pour nous » est né d’un constat partagé par des femmes du quartier : beaucoup de personnes n’osent pas franchir les portes des institutions ou renoncent à leurs démarches parce qu’elles ne se sentent pas à leur place. Face à ce constat, des femmes du quartier ont décidé de s’organiser. Elles refusent que le manque d’informations, la complexité administrative ou le sentiment d’illégitimité privent encore des habitants de leurs droits fondamentaux. Le collectif agit pour renforcer l’entraide, pour faire circuler l’information et permettre à chacun de reprendre confiance dans sa capacité à faire valoir ses droits », introduit Jeanne, référente famille au centre social. La professionnelle précise que certaines d’entre elles habitent dans le quartier depuis dix, quinze ou vingt ans. Elles ont choisi de faire entendre leur voix et de représenter celles qui n’osent pas encore.
Le centre social de la Belle de Mai a accompagné ce projet sans en prendre le gouvernail. Jeanne a apporté son soutien en assurant toute la coordination logistique des tournages : organisation des déplacements, gestion des droits à l’image, préparation d’un séjour filmé au Frioul. Le projet a pu bénéficier d’un financement dans le cadre de l’appel à projets Cités éducatives.
Résultat : un documentaire de qualité, entièrement ancré dans la réalité du quartier, qui a trouvé son public bien au-delà des seul·es habitant·es.
Regarder le teaser sur le compte Instagram de la réalisatrice
Un film qui donne à voir l’engagement des femmes dans les quartiers populaires
« Cœurs de Mai » plonge dans le quotidien des femmes filmées : on découvre des scènes d’intimité à leur domicile, ou encore l’atelier soin et bien-être qu’elles animent au centre social. La caméra les suit également lors d’un séjour pour les familles sur l’île du Frioul ainsi que pendant une grande fête organisée, organisée par le collectif lui-même, pour le nouvel an Amazigh.
Ce documentaire donne à voir une réalité peu représentée à l’écran : comment un quartier fédère des femmes venues d’horizons divers autour de sujets communs : la maternité, l’accès aux droits, la lutte contre les discriminations.
Pour Mickaël Crolet, directeur du centre social, le film met en lumière plusieurs dualités assez puissantes : « Le film met en évidence un enracinement très fort de ces femmes dans le quartier de la Belle de Mai, et simultanément témoigne de leur déracinement de leurs pays d’origine. On observe aussi leur place centrale dans la vie du quartier, leur place de femmes, mais aussi leur rôle de mère qui est très présent dans le film. Avec une telle densité d’engagements à la Belle de Mai, on a le sentiment d’une vraie singularité en observant ces collectifs agir au quotidien et en même temps, ces groupes de femmes engagées existent aussi dans plein de quartiers populaires à Marseille et ailleurs ».
Une avant-première pensée comme un événement pour les habitant·es et les partenaires du territoire
L’équipe du centre social a conçu la journée du 6 mai comme un véritable événement du territoire. En préambule de la projection, une table-ronde s’est tenue autour du sujet : l’engagement des femmes dans les quartiers populaires : quelle émancipation ? Elle a donné la parole à :
- Douja SOUISSI : Membre fondatrice du Collectif On le fait pour nous, habitante engagée de la Belle de Mai, parent d’élève, participante au film Cœurs de Mai
- Kheira FEKIH : Membre fondatrice du Collectif On le fait pour nous, habitante engagée de la Belle de Mai, parent d’élève.
- Marie BATOUX : Adjointe au Maire de Marseille, déléguée aux luttes contre les discriminations, à l’égalité femme homme et lutte contre les violences faites aux femmes
- Marie FILIPPI : Sociologue, chercheuse associée au laboratoire Mésopolhis, elle a notamment travaillé la question de la participation publique, elle est l’autrice de la thèse « Mettre en œuvre la participation des habitants : une expérience d’ingénierie sociale dans le quartier de la Castellane, à Marseille. »
- Charles REVEILLERE : Sociologue, chercheur associé au laboratoire Mésopolhis, ATER à l’IUT Carrières sociales, il est l’auteur de la thèse « Demain c’est loin, et aujourd’hui c’est déjà trop tard : vivre et gouverner le délogement dans deux espaces populaires en attente de rénovation urbaine. »
La table-ronde poursuivait l’ambition d’ouvrir le débat sur le sujet de société abordé dans le film : la condition des femmes et des mères dans les quartiers populaires, et en particulier leur engagement dans la dynamique de participation locale. Car en effet, ce sont très majoritairement des femmes qui s’engagent bénévolement, qui font le lien entre institutions et habitant·es, qui pallient parfois les insuffisances des services publics. Une implication qui soulève des questions structurelles dont celle de la reconnaissance et de la valorisation des compétences acquises par ces femmes engagées.
Durant les échanges, les intervenant·es ont pris le temps de souligner à la fois toute l’importance de ces engagements de femmes dans la vie de ces quartiers mais aussi la sur-sollicitation dont elles font l’objet par la longue liste des dispositifs de participation citoyenne qu’on trouve à la Belle de Mai.
La projection a connu un franc succès puisque plus de 230 personnes y ont assisté. Les enfants ont exprimé leur fierté de voir leurs mères sur grand écran, les habitantes ont témoigné leur soutien et leur admiration pour cet engagement. Enfin, les élu·es et les partenaires ont souligné toute l’importance de ce film puisqu’il raconte le quartier de la Belle de Mai dans son intimité et dans son authenticité.
La soirée s’est terminée par un cocktail afin que les participant·es puissent continuer à échanger et à partager leurs expériences, réflexions et émotions suscitées par la projection et les débats pendant la table-ronde.

Crédit photo : Cathy Achaque et Jade Escriva

Crédit photo : Cathy Achaque et Jade Escriva

Crédit photo : Cathy Achaque et Jade Escriva
Des perspectives de diffusion : continuer à parler de la place des femmes dans les quartiers populaires et la société
Le film va certainement continuer de vivre après cette avant-première. Plusieurs partenaires présents le 6 mai ont déjà manifesté leur souhait d’organiser une projection dans leurs propres structures. Une exposition photographique tirée du documentaire est actuellement au centre social et va tourner dans le quartier.
Pour Mickaël, ce projet illustre un phénomène qui dépasse la Belle de Mai : « Ces collectifs de femmes engagées existent dans plein de quartiers à Marseille et ailleurs. On observe une récurrence de l’engagement des femmes dans les quartiers populaires, ce qui questionne sur leur sur-sollicitation par les dispositifs de participation citoyenne des politiques publiques et des associations. Ça interroge aussi la place des hommes dans ces espaces d’engagements qui font vivre le quartier ».
Un sujet que le film, et la soirée du 6 mai, ont posé avec force, rappelant le rôle essentiel des centres sociaux pour transformer l’énergie des habitant·es en projets visibles, fédérateurs, durables et générateurs de lien social. Ambition au cœur de l’engagement de Léo Lagrange Animation dans les territoires.
Pour garder le contact :
Mickaël Crolet
Directeur du centre social
mickael.crolet@leolagrange.org





