Trois ans après le lancement de To Kplon Nou, une première étape s’achève. Depuis 2023, la Fédération Léo Lagrange et la Fédération Léo Lagrange Bénin travaillent ensemble pour redonner vie aux centres de jeunes et de loisirs au Bénin et créer des liens entre les structures Léo Lagrange des deux pays. Le 31 août 2026, cette première phase s’est achevée, et une nouvelle étape est déjà engagée : l’Agence française de développement (AFD) renouvelle son soutien jusqu’en août 2029. L’occasion de revenir sur le chemin parcouru et sur les perspectives.
Des centres de jeunes qui reprennent vie
Au départ, il y avait une ambition : redonner vie à des centres de jeunes et de loisirs délaissés depuis de nombreuses années, pour en faire des lieux où l’ensemble de la communauté peut se retrouver, apprendre, jouer et participer à la vie de son quartier.
Dans 10 communes dans l’ensemble du pays, les centres ont retrouvé leur place dans la vie locale. Des activités ludiques, culturelles (lecture, théâtre, dessin), sportives et de sensibilisation (environnement, liberté de la presse, égalité de genre) ont été proposées, au bénéfice de près de 17 000 personnes, principalement des enfants et des jeunes.
Pour Théonas Moussou, président de la Fédération Léo Lagrange Bénin, le changement se mesure notamment à la manière dont les enfants s’approprient ces lieux : « Les maisons de jeunes ont commencé par ne plus être des centres de festivité. Les enfants qui sont accueillis désormais dans les centres expriment leur épanouissement. »
Derrière ces activités, il y a le travail quotidien des directeur.rices et des animateur.rices, qui apprennent à connaître les jeunes, construisent des activités avec eux et rouvrent les portes des centres. L’enjeu n’est pas seulement de proposer des loisirs, mais de permettre à chacun.e de trouver sa place et de participer à la vie collective.
C’est tout le sens de l’éducation populaire défendue par les deux fédérations. Pour Philippe Giraud, administrateur de la Fédération Léo Lagrange responsable de l’international, cette démarche correspond pleinement à la mission de la Fédération : « ouvrir tous les possibles pour permettre l’épanouissement de tous et l’émancipation de chacun ». Il y voit aussi un moyen de favoriser les rencontres entre les cultures : « l’éducation populaire constitue une voie d’accès à la citoyenneté et aux échanges interculturels pour les jeunes citoyens d’un monde incertain et à bâtir. »
Comme le rappelle Théonas Moussou, l’éducation ne se joue pas uniquement à l’école. « Au Bénin, la citoyenneté individuelle ou collective ne s’acquiert pas qu’à travers l’éducation formelle. Les loisirs, le théâtre, le dessin et les activités collectives sont aussi des occasions de transmettre des valeurs de justice, d’égalité, de liberté et de dignité. »
La formation, au cœur du programme
Pour que les centres puissent continuer à vivre dans la durée, la formation des équipes a occupé une place centrale dans le programme. L’objectif n’était pas seulement de former des professionnel.les, mais aussi de leur donner les moyens de transmettre leurs savoir-faire et de faire évoluer les pratiques au-delà du programme lui-même.
Au cours de cette première phase, 74 professionnel.les de l’animation ont été formé.es. Parmi eux et elles, 19 formateur.rices, 10 directeur.rices et 45 animateur.rices ont suivi des parcours avec des contenus adaptés à leurs missions.
Ces formations ont été conçues conjointement par un comité pédagogique français et béninois. L’idée : s’appuyer sur les compétences et l’expérience des professionnel.les de la Fédération Léo Lagrange, tout en adaptant les contenus aux besoins des équipes au Bénin. La coopération s’est ensuite concrétisée sur le terrain : à la suite d’appels à candidatures, 15 salarié.es de la Fédération Léo Lagrange se sont rendu.es au Bénin pour coanimer les formations avec leurs homologues béninois.es. Une manière de croiser les expériences et de partager des méthodes et des outils pédagogiques.
Les formations se sont notamment appuyées sur le Centre de formation aux métiers de l’animation (CeFoMA), construit dans le cadre du programme à Ouèdo, près de Cotonou, et qui s’emploie à diversifier ses activités de formation et d’action culturelle, et ses financements.
Jumeler les centres pour l’émergence de projets communs
Au-delà des formations, To Kplon Nou encourage les rencontres entre les équipes et les publics des deux pays. Ces échanges permettent de découvrir d’autres pratiques, de partager des expériences et de faire émerger des initiatives communes.
Dix jumelages ont ainsi été mis en place entre des structures françaises et béninoises. Ils donnent lieu à des initiatives variées : correspondances entre enfants, rencontres entre équipes ou encore projets de mobilités.
L’envoi et l’accueil des volontaires participe également à ces échanges. Dix volontaires béninois.es ont été accueilli.es en France et dix volontaires français.es ont réalisé une mission au Bénin. En prenant part à la vie des structures, ils et elles ont pu découvrir un autre environnement et partager leur expérience.
Au-delà des volontaires, ce sont l’ensemble des usagers des structures qui prennent part à cette dynamique. Ainsi, cet été, dix jeunes du centre de loisirs de Saint-Pierre-de-Chandieu (69) se sont rendu.es à Lokossa, au Bénin, où leur centre est jumelé avec la structure locale. Ensemble, ils et elles ont participé à un échange interculturel autour des Objectifs de développement durable (ODD), avec notamment la réalisation d’une fresque et d’actions de solidarité. Cette mobilité a été financée en partie par le FONJEP, dans le cadre du dispositif Jeunesse Solidarité Internationale (JSI).
Et la suite est déjà envisagée : le centre de Saint Pierre de Chandieu souhaite accueillir à son tour les jeunes béninois en 2027. L’occasion pour ces derniers de découvrir plus en profondeur la France et de prolonger les liens noués entre les jeunes des deux pays.
Cette réciprocité est au cœur du programme. Pour Philippe Giraud, le renouvellement du soutien de l’AFD représente « une belle reconnaissance pour les acteurs béninois et français impliqués dans ce programme où la réciprocité joue un rôle majeur ».
Un bilan évalué sur le terrain
Pour mesurer les résultats de cette première phase, le cabinet Kimso a réalisé pour le compte de l’AFD une évaluation du programme, à partir des échanges avec les équipes, les acteurs impliqués et les publics concernés. Elle a notamment mis en valeur l’intérêt des activités pour les usagers car celles-ci favorisent l’autonomie, le développement de la curiosité et la conscience citoyenne grâce à une large gamme d’activités ludiques et thématiques. L’impact pour les jeunes animateurs est aussi jugé de qualité avec une formation qui développe leurs compétences professionnelles mais aussi leur confiance en soi et leur capacité à agir. Enfin, le volontariat est vu comme un facteur-clé d’ouverture interculturelle, favorisant le vivre-ensemble et la tolérance.
Pour Philippe Giraud, l’enjeu est désormais de consolider ce qui a été engagé. Il insiste notamment sur la nécessité de s’appuyer sur les acteurs locaux et les collectivités pour que les centres continuent à fonctionner et à répondre aux besoins des enfants et des jeunes. « Sinon, nous aurions arrosé le sable, alors que nous voulons planter des arbres pour leurs fruits et leur ombre portée ! », résume-t-il.
2026-2029 : poursuivre le travail et ouvrir de nouvelles perspectives
Avec le renouvellement du soutien de l’AFD, To Kplon Nou entre dans une deuxième phase de septembre 2026 à août 2029. Le programme va poursuivre son action dans les dix premières communes et s’étendre à huit nouvelles communes, avec huit nouveaux centres socioculturels. L’ambition est de toucher 40 000 personnes au cours de cette nouvelle phase, tout en poursuivant les formations et le développement des activités dans les centres.
De nouveaux parcours permettront donc de continuer à former les professionnel.les de l’animation et à renforcer leurs compétences. Des salarié.es de la Fédération Léo Lagrange auront à nouveau l’opportunité de se rendre au Bénin pour coanimer des formations avec leurs homologues béninois. Le programme prévoit par ailleurs 16 mobilités de volontaires en Service Civique International et la création de huit nouveaux jumelages entre des centres béninois et français.
Au-delà de ces nouveaux objectifs, cette deuxième phase va consolider le travail engagé avec les communes et les acteurs locaux. Leur implication est essentielle pour accompagner le développement des centres socioculturels et inscrire les actions dans la durée. Pour Théonas Moussou, l’un des enjeux sera donc d’amener les collectivités territoriales à s’investir davantage dans le financement des centres pour continuer à faire vivre ces lieux, tout en souhaitant aussi un concours financier des autorités du pays et l’obtention d’autres financements publics et privés.
Et si les équipes Léo Lagrange rejoignaient le projet To Kplon Nou ?
Échanges de jeunes, formations, accueil ou envoi de volontaires, projets entre structures : les possibilités de s’impliquer sont nombreuses. Que ce soit pour construire un jumelage, imaginer une activité commune ou accueillir un.e volontaire, chaque équipe peut contribuer à faire vivre les liens entre le Bénin et la France.
Philippe Giraud invite les équipes à faire connaître ces initiatives et à s’en emparer : « Soyons fiers de ce que nous faisons et partageons-le pour donner envie. »
Après trois années de travail collectif, To Kplon Nou a posé des bases solides pour l’éducation populaire et l’animation socioculturelle au Bénin. Les trois prochaines années devront permettre de poursuivre cette dynamique, de l’étendre à de nouveaux territoires pour renforcer encore les liens entre les équipes béninoises et françaises.




