Dans le cadre de la réflexion collective engagée pour nourrir son futur projet éducatif et associatif, la Fédération Léo Lagrange poursuivait, le 4 juin dernier, son cycle de webinaires avec une rencontre consacrée à l’éducation à la paix. Animée par Benjamin Mauduit, responsable du plaidoyer et des relations extérieures, cette séquence a réuni professionnel·les, bénévoles et administrateur·rices du réseau autour d’Emmanuel Porte, chargé d’études et de recherche à l’INJEP et coordinateur de l’ouvrage Travailler à la paix : pratiques des professionnels de jeunesse.
Alors que les conflits internationaux occupent une place croissante dans l’actualité et que leurs répercussions se font sentir jusque dans les espaces éducatifs, cette rencontre visait à interroger le rôle de l’éducation populaire dans la construction d’une culture de paix, de dialogue et de citoyenneté.
Éducation à la paix : un enjeu éducatif plus actuel que jamais
En ouverture du webinaire, Corinne Bord, vice-présidente de la Fédération Léo Lagrange, a rappelé combien cette thématique entre en résonance avec les valeurs historiques de notre mouvement et les réflexions engagées dans le cadre de la refonte de notre projet éducatif.
« La culture de la paix est aussi l’un des enjeux de notre texte de congrès, d’essayer d’aller chercher des relations d’amitié transfrontalières, européennes et autres pour essayer de tisser des dialogues là où il n’y en avait plus. »
Dans un contexte marqué par les conflits armés, les tensions géopolitiques, la circulation permanente de l’information et les inquiétudes qu’elles suscitent chez les jeunes comme chez les adultes, l’éducation à la paix apparaît plus que jamais comme un enjeu majeur pour les acteurs de l’éducation populaire. Au-delà de la seule absence de guerre, elle interroge notre capacité collective à comprendre les conflits, à faire dialoguer des points de vue différents et à construire des espaces de coopération.
Comprendre les ressorts de l’éducation à la paix
Dans son intervention, Emmanuel Porte a retracé l’histoire et les évolutions du concept d’éducation à la paix. D’abord pensée dans une logique de prévention des conflits armés, cette notion s’est progressivement élargie pour intégrer les droits humains, la participation démocratique, la lutte contre les discriminations, le dialogue interculturel ou encore le développement durable.
L’éducation à la paix ne consiste pas seulement à transmettre des connaissances sur les conflits ou les relations internationales. Elle vise également à développer des compétences permettant de prévenir les violences et de favoriser la coopération : apprendre à débattre, à écouter des points de vue différents, à résoudre les désaccords de manière non violente ou encore à exercer son esprit critique face aux discours de haine et aux mécanismes de désinformation.
Ces enjeux trouvent un écho très concret dans les réalités vécues par les professionnel·les du réseau. Nathalie Sisuljak, directrice périscolaire à Toulouse, a ainsi partagé les interrogations exprimées par certains enfants face à l’actualité internationale : « Les enfants viennent me voir pour me dire que Trump avait annoncé la 3e guerre mondiale. Je vois que les enfants vivent l’information au jour le jour, il faut être outillé, c’est très compliqué à gérer. »
Pour Emmanuel Porte, ces situations rappellent que les espaces éducatifs sont aussi des lieux où les jeunes cherchent à comprendre le monde qui les entoure. L’enjeu n’est pas tant d’apporter des réponses toutes faites que de créer les conditions du dialogue, de l’écoute et de la réflexion collective.
Pour revoir le webinaire :
Une longue tradition d’ouverture et de rencontre à la Fédération Léo Lagrange
Les échanges ont également permis de rappeler que l’éducation à la paix n’est pas un sujet nouveau pour la Fédération. Éléonore Lavoine, directrice prospective partenariat innovation de la FLL a présenté plusieurs initiatives portées par le mouvement dans le champ de la mobilité internationale, des échanges européens et des rencontres de jeunes. Ces projets offrent à des jeunes issus de contextes différents l’opportunité de se rencontrer, de confronter leurs expériences et de construire des projets communs.
Au-delà de la découverte d’autres cultures, ces démarches constituent de véritables espaces d’apprentissage du dialogue, de la coopération et de la citoyenneté. Elles participent pleinement à la construction d’une culture de paix en permettant de dépasser les préjugés et de développer une meilleure compréhension de l’autre.
Corinne Bord a également rappelé plusieurs expériences plus anciennes menées par la Fédération dans des contextes marqués par les conflits. Elle a notamment évoqué l’organisation de rencontres entre jeunes Palestiniens et Israéliens, ainsi que des actions conduites auprès d’enfants soldats ou dans des territoires confrontés à des tensions politiques et sociales.
Autant d’initiatives qui témoignent d’une conviction constante : la rencontre, l’échange et l’action collective constituent des leviers puissants pour construire des relations plus apaisées et renforcer le vivre-ensemble.
Des questionnements très concrets pour les équipes éducatives
La dernière partie du webinaire a donné lieu à de nombreux échanges entre les participant·es et l’intervenant. Plusieurs professionnel·les ont partagé leurs préoccupations face aux conséquences des conflits et des tensions internationales dans leurs pratiques quotidiennes.
L’accueil de publics aux parcours migratoires variés, la place des réseaux sociaux dans la diffusion de l’information, les inquiétudes exprimées par les enfants ou encore la difficulté à aborder certains sujets sensibles ont été largement évoqués.
Ces témoignages ont mis en lumière un besoin partagé : disposer d’espaces de réflexion, d’outils et de repères permettant d’accompagner les jeunes dans la compréhension du monde contemporain sans alimenter les peurs ou les replis identitaires.
En conclusion, Emmanuel Porte a rappelé que l’éducation à la paix ne constitue pas un champ d’intervention spécifique parmi d’autres. Elle traverse l’ensemble des pratiques éducatives visant à développer la citoyenneté, l’esprit critique, la coopération et la participation démocratique.
Une réflexion qui résonne pleinement avec les ambitions de la Fédération Léo Lagrange et nourrit les travaux engagés autour de son futur projet éducatif et associatif.
Une responsabilité éducative et citoyenne
Ce nouveau webinaire aura notamment permis de réaffirmer la conception de l’éducation à la paix portée par la Fédération Léo Lagrange. Face à un monde marqué par les conflits, les tensions géopolitiques, les replis identitaires ou encore la diffusion de discours de haine, il ne s’agit ni de céder à une logique de confrontation permanente, ni de s’en remettre à une vision naïve de la paix.
Fidèle à son histoire et à ss valeurs, la Fédération Léo Lagrange défend une approche fondée sur l’émancipation, l’esprit critique et le pouvoir d’agir. Comme le rappelait déjà son congrès en 1959, elle souhaite « que la paix s’établisse partout dans le monde » et demeure convaincue que « les discussions peuvent, mieux que la guerre, régler les conflits entre les gouvernements et les peuples. »
Cette ambition irrigue aujourd’hui encore ses propositions et son action éducative : à travers l’engagement associatif, les mobilités, les rencontres interculturelles, la participation citoyenne ou encore le projet de Service universel républicain défendu par la Fédération Léo Lagrange, l’objectif n’est pas de préparer les jeunes à la guerre mais de permettre d’expérimenter la vie collective, la mixité sociale, le débat démocratique et la responsabilité citoyenne.
Eduquer à la paix, c’est ainsi donner aux enfants et aux jeunes les moyens de comprendre le monde, de résister aux discriminations et aux dominations, de coopérer avec les autres et de prendre leur place comme citoyens libres, lucides, et acteurs de leur propre vie.
Retrouvez les précédents webinaires organisés par la Fédération Léo Lagrange :
« Familles sous pression : la coéducation contre les inégalités »
« Autorité éducative : tenir le cadre pour libérer les possibles ? »
« Parentalité : quand éducation populaire et psychologie créative se rencontrent«




