Depuis janvier 2026, 4 accueils périscolaires toulousains de Léo Lagrange Animation, Ada Lovelace, Jean Zay, Ferry et Juncasse, suivent un parcours de formation inédit avec L’ARObE, l’Atelier Recherche Observatoire Egalité d’Edith Maruéjouls. Baptisé « Anim’action égalitaire », ce projet vise un objectif clair : déconstruire les représentations de genre dès le plus jeune âge, en interrogeant les pratiques professionnelles des équipes d’animation au quotidien.
Après une première sensibilisation sous forme de conférence en 2023, Marion Roques, directrice adjointe périscolaire pour LLA, relance en 2025 le projet d’animation égalitaire, prévue dans le marché actuel avec la Ville de Toulouse.
L’ARObE, bureau d’études spécialisé dans l’aménagement égalitaire des espaces et la lutte contre les stéréotypes de genre, fondé par Edith Maruéjouls, géographe de genre, est sollicité pour accompagner l’équipe.
Quatre structures périscolaires toulousaines s’engagent dans la démarche, représentant au total près de soixante professionnel·les. Suivi de près par Marion Roques, directrice adjointe de la mission périscolaire toulousaine, le projet se déploie sur toute une année scolaire, de janvier à septembre 2026.
Créer une culture professionnelle commune
Les 22 et 23 janvier 2026, une dizaine de personnes ont suivi la première session de formation : un membre de la direction et un·e animateur·trice référent·e inclusion de chacun des quatre CLAE, accompagnés de l’une des référentes inclusion toulousaines, d’un coordinateur périscolaire et de Marion.
« Cette première étape pose les bases : il s’agit de déconstruire les stéréotypes de genre afin de porter ensuite ces contenus auprès de l’ensemble des équipes d’animation de nos accueils périscolaires » précise Marion. Parmi les sujets travaillés :
- Définir ensemble la notion d’égalité,
- Interroger la présence ou l’absence de relations entre filles et garçons dans les structures,
- Et surtout, apprendre à observer ces dynamiques sur le terrain, dans les activités organisées par les équipes d’animation et pendant les temps libres des enfants.
Telles sont les clés de cette formation-action, pensée pour que la réflexion s’incarne directement dans les pratiques professionnelles quotidiennes.
Romain, directeur de l’accueil périscolaire Jules Ferry, a particulièrement apprécié l’interactivité de la formation : « il y a eu de nombreux temps d’échanges avec les intervenantes et les participants. Cela nous a permis de prendre du recul sur nos pratiques professionnelles, de réfléchir, d’échanger des idées. Grâce à mes propres connaissances et à ces nouveaux apports, j’ai ensuite sensibilisé mon équipe sur l’égalité filles-garçons et en particulier sur l’amitié entre eux. »
Observer pour mieux comprendre
Vient ensuite le temps du diagnostic : en février, Edith Maruéjouls se rend sur les quatre CLAE pour observer leur fonctionnement, sensibiliser les équipes qui n’avaient pas suivi la formation initiale, et analyser le règlement de vie ainsi que les déplacements des enfants au sein des structures.
Les équipes sont alors formées à l’observation et aux outils permettant de l’objectiver. Première méthode : le dessin. Marion explique : « nous avons dessiné la cour d’une des écoles et nous avons demandé aux enfants de reporter sur le dessin ce qu’ils observaient. Ainsi, ils formalisaient leur propre occupation de l’espace. »
A l’accueil périscolaire Jules Ferry, Romain, a mené une démarche similaire à plus grande échelle : « Je suis passé dans les classes de chaque niveau, du CP au CM2, et j’ai collecté au total quatre-vingts dessins de cour. Nous avons aussi questionné la place des enfants allophones. C’est un outil très facilement déployable : quinze à vingt minutes avec les plus grands, trente à trente-cinq minutes avec les CP », précise-t-il.
D’autres outils viennent compléter cette approche : des temps de débat animés par les animateur·rices avec les enfants autour des relations filles-garçons, à l’aide de grilles, de photolangage ou du sac à débats, ainsi qu’une analyse fine de la répartition des espaces de jeu et de la prise de parole des enfants pendant les activités. A chaque fois, les animateur·rices ont utilisé des outils transmis par L’ARObE ou créés en interne.
Le 12 mars, au CLAE Ferry, un premier temps de restitution réunit les équipes, les enfants et L’ARObE. Le cabinet livre alors un premier diagnostic structure par structure, accompagné de pistes concrètes pour la suite : la phase d’expérimentation.
Bouger les habitudes du quotidien pour changer les usages genrés
Après une préparation collective les 9 et 10 avril, en visioconférence avec l’ensemble des équipes, les expérimentations se déroulent du 8 au 12 juin, avec des formes très différentes d’un CLAE à l’autre, à l’image des observations initiales. L’objectif : tester de nouvelles modalités d’animation et d’occupation de l’espace pour renverser les pratiques genrées.
Le constat de départ est sans appel, et largement documenté par les recherches d’Edith Maruéjouls : les activités calmes et artistiques, souvent organisées en salle, sont majoritairement investies par les filles, tandis que les garçons occupent les espaces sportifs extérieurs, repoussant les filles en périphérie, autour du terrain, pour des activités comme la corde à sauter.
Pour bousculer ces répartitions, plusieurs structures ont fait le choix d’inverser la logique spatiale habituelle. Romain illustre par exemple : « un jour par semaine, le terrain de foot a été investi avec des jeux de coopération et le vendredi était dédié à la danse ! Nous avons aussi installé au centre de la cour une valise à déguisement : tous les enfants, de tous les âges, ont pleinement profité de cette activité et en quasi autonomie, sans conflit. Nous avons aussi créé une zone calme, avec tapis de sport, casque anti-bruit, livres. Les garçons et les filles s’y sont mélangés ! En changeant les usages de l’espace, nous avons clairement observé une nouvelle mixité. »
Toujours à Jules Ferry, Romain a choisi de s’attaquer directement à la pratique reine du terrain : le football, dominé par les garçons les plus âgés. Après une période sans ballon consacrée à la découverte d’autres sports, l’équipe a réintroduit le foot sous une nouvelle forme, avec des équipes de quatre joueur·euses, pour limiter les contacts physiques, et une obligation de mixité, deux filles et deux garçons. « Le premier jour, il n’y avait que des garçons sur le terrain : on leur a dit que s’ils voulaient jouer, il fallait aller chercher des filles ! Pendant le débat que j’avais animé, les garçons avaient justement reconnu ne pas faire de passes aux filles parce qu’elles jouent moins bien, ce qui a pour conséquence qu’elles ne savent pas jouer ! Tout cela nous a permis de questionner les habitues genrées des enfants avec le foot », raconte le directeur.
Marion poursuit en expliquant qu’au périscolaire Jean Zay, l’animateur qui a une appétence pour le sport s’est prêté au jeu en proposant un atelier tricot, pour observer si les garçons s’y aventureraient : ce qui a fonctionné. Des spectacles ont aussi été organisés au cœur même du terrain de sport, détournant cet espace traditionnellement masculin.
Et après ? Poursuivre et essaimer la dynamique
Un retour d’expérience est prévu d’ici la fin de l’année ou en septembre, avant un événement de valorisation destiné aux parents et aux partenaires, à l’automne
« A présent, l’enjeu est de pérenniser cette dynamique afin d’essaimer ces enseignements et nouvelles pratiques aux autres CLAE gérés par LLA à Toulouse. Les équipes souhaitent continuer à interroger leurs pratiques au quotidien, en particulier sur la posture professionnelle, en faisant évoluer les règlements de vie pour qu’ils intègrent une dimension inclusive, en lien avec le travail mené par les référentes inclusion. De plus, nous allons articuler ce chantier avec celui de la participation des enfants, pour que chacun, quel que soit son genre ou son handicap, trouve sa juste place dans nos accueils », conclut la professionnelle.
L’objectif final reste bien de concevoir des accueils et projets d’animation ouverts à tous et à toutes, sans orientation ni biais genré, en commençant, comme le rappellent les équipes, par déconstruire les représentations des adultes.
Le projet Anim’action égalitaire s’inscrit ainsi pleinement dans la mission éducative que porte Léo Lagrange Animation : donner aux professionnel·les les clés pour faire de leurs structures des espaces réellement égalitaires, où filles et garçons grandissent avec les mêmes libertés de jeu, de parole et d’expression.





