Dès mi-juin 2026, l’Union régionale sportive Léo Lagrange (URSLL) d’Île-de-France propose des séances hebdomadaires de socio-sport aux personnes accompagnées par le Comité contre l’esclavage moderne (CCEM) à Paris. Un partenariat inédit, soutenu par l’Agence nationale du sport, qui mobilise le sport comme outil de reconstruction et de lien social pour un public particulièrement fragilisé.
Un partenariat né d’une rencontre, porté par une conviction commune
C’est une opportunité humaine qui est à l’origine de ce projet. En échangeant sur leurs programmes respectifs, les deux structures ont rapidement identifié une complémentarité évidente. Le soutien de l’Agence nationale du sport a ensuite concrétisé cette intuition et permis d’obtenir le financement nécessaire pour mener l’action.
Le Comité contre l’esclavage moderne (CCEM) accompagne des personnes victimes d’exploitation, principalement dans le travail domestique, le secteur du bâtiment, de la restauration ou encore de l’agriculture. Ces personnes ont souvent subi des violences graves, y compris des violences sexuelles. Soundouce Khemies, coordinatrice du pôle psycho-social introduit : « la mission du CCEM est d’apporter un soutien global, social, juridique et administratif, pour protéger les victimes, les aider à faire valoir leurs droits, et les accompagner dans leur reconstruction personnelle, psychologique et physique. Nous déployons également un plaidoyer afin de sensibilises les professionnel·les, les institutionnel·les et le grand public à la réalité de l’esclavage moderne. »
L’activité physique comme outil de remobilisation et de reconstruction
C’est ici que l’UNSLL entre en jeu. Là où le CCEM intervient notamment sur le volet juridique et administratif, l’UNSLL apporte une approche socio-sportive : utiliser l’activité physique comme levier de remobilisation, de confiance en soi, de lien social et de reconstruction progressive.
« Les personnes que nous accompagnons sont souvent isolées et marginalisées. Cet atelier socio-sportif sera un temps de socialisation, de convivialité, pour prendre soin d’elles et se faire plaisir » détaille la professionnelle du CCEM.
Achraf Saidi, coordonnateur socio-sportif pour l’URSLL Île-de-France, suivra ce nouveau partenariat. Il poursuit : « les personnes fragilisées qui ont subi des violences se referment sur elles-mêmes. Et le constat, c’est que le sport, avec un objectif commun, permet d’instaurer une autre forme de communication entre ses pratiquants et d’ouvrir le champ des possibles ». Il abonde : « grâce à notre approche socio-sportive, nous prenons en considération la personne dans son ensemble, corps et esprit. »
L’objectif n’est pas de proposer une simple activité physique, mais de renforcer le parcours global d’accompagnement déjà mis en place par le CCEM. L’activité physique devient un support complémentaire pour aider les participant·es à reprendre confiance, retrouver une dynamique collective et se projeter peu à peu vers une insertion sociale et professionnelle.
Un cadre pensé pour un public très fragile : petits groupes, séances séparées, pédagogie adaptée
La conception du dispositif reflète la prudence et l’attention portées à ce public. Les séances auront lieu le vendredi après-midi : une heure pour les femmes, une heure pour les hommes. Ce choix de séparer les groupes par genre, au moins dans un premier temps, vise à offrir un cadre sécurisant. « Pour le moment, on verra comment ça évolue, comment les personnes accueillent les activités », précise Achraf.
Le nombre de participant·es sera volontairement limité : entre 5 et 8 personnes par séance. « Il ne faut surtout pas aller trop vite avec ce public », insiste le coordinateur. L’enjeu est déjà important : mobiliser des personnes très fragilisées pour une heure par semaine ne va pas de soi.
Les séances sont animées par Wilton, professeur en Activité Physique Adaptée (APA), formé pour s’adapter à tout type de public et pour ajuster les activités en fonction des profils présents. La pédagogie différenciée est au cœur de la démarche : dans un même groupe, certaines personnes auront une bonne coordination corporelle, d’autres non. L’animateur s’adapte à chacun·e.
Wilton explique : « le sport ne se limite pas à une simple activité physique permettant de se dépenser. Il constitue également un véritable moyen de se réapproprier son corps, de retrouver des sensations positives et de renforcer l’estime de soi. Pour les personnes fragilisées, il représente un levier précieux pour reprendre confiance en leurs capacités et progresser à leur rythme. Il me semble important d’accentuer la prise en charge sur l’adaptation aux besoins de chacun, la valorisation, la communication et l’estime de soi. »
Des séances construites autour de la coopération et de la confiance
Concrètement, à quoi ressemble une séance ? L’objectif premier est la coopération : apprendre à être avec un groupe, à faire confiance à l’autre, à se connaître. Les activités s’appuient sur des jeux collectifs avec ballon, le basket, par exemple, utilisé comme outil et non comme compétition.
Une première situation typique : cinq participant·es, sans droit à la parole, doivent atteindre le chiffre 5 en se faisant des passes. La seule règle : nommer la personne à qui l’on lance le ballon. Un exercice en apparence simple, mais qui mobilise l’écoute, l’entraide et le respect de la parole de l’autre. « C’est une première étape pour démarrer », résume Achraf.
Avant chaque séance, Wilton recevra des informations sur le nombre de participant·es inscrits et leur tranche d’âge. En début de séance, un temps d’échange permettra de mieux cerner le groupe. Et tout au long du programme, l’UNSLL travaillera en lien étroit avec les travailleuses sociales qui fourniront des retours pour orienter les objectifs et les compétences à travailler.
Un programme sur la durée, jusqu’à fin décembre 2026
Le programme se poursuivra jusqu’en décembre prochain, à raison d’une séance par semaine pour chacun des 2 groupes. Ce calendrier long est volontaire : la reconstruction ne se fait pas en quelques séances. Il faut du temps pour créer la confiance, établir des repères, et permettre à chaque personne d’avancer à son rythme.
Ce partenariat illustre pleinement la philosophie portée par l’UNSLL : l’activité physique n’est pas une fin en soi, mais un support éducatif et social au service de l’insertion et du mieux-être, également pour les personnes les plus vulnérables.
Pour garder le contact :
Achraf Saidi
Coordinateur socio-sportif URSLL Île-de-France
achraf.saidi@leolagrange.orgWilton de Barros Borges
Educateur socio-sportif
wilton.de-barros-borges@leolagrange.org




