En Hauts-de-France, le programme Léo Sport Job se déploie depuis 2023 sur plusieurs territoires, porté par une équipe d’éducateur·rices sociosportif·ves dont la pratique a progressivement évolué. Sophie Petit, cheffe de projet régionale, revient sur trois ans d’expérimentation, d’ajustements et de construction collective, au plus près des jeunes et de leurs besoins.
Un démarrage ancré dans l’expérimentation
Après une première expérimentation en 2022, avec une association sportive locale, dans une ville de la région, la Ville d’Armentières sollicite en 2023 l’URSLL pour porter directement le programme. Le démarrage est acté, les premières cohortes se mettent en place, et Sophie assure à la fois la coordination régionale et l’accompagnement direct des jeunes sur ce territoire, en binôme avec Benoît Noël, éducateur socio-sportif.
Depuis, le programme a essaimé. Boulogne-sur-Mer et Amiens ont rejoint le dispositif en 2024. Crépy-en-Valois est en cours de déploiement pour 2026. Chaque territoire a sa propre configuration, ses propres partenaires, son propre rythme. Et c’est précisément là que réside la force du programme et de ses professionnel·les.
Un programme national, des déclinaisons territoriales
Léo Sport Job existe à l’échelle nationale, mais ce qui en fait la pertinence, c’est sa capacité à s’adapter. « En région nous déployons des programmes adaptés aux besoins des publics et des territoires. Léo Sport Job se décline différemment selon les territoires et les besoins identifiés avec les partenaires et les jeunes », explique Sophie.
À Amiens, les cohortes se retrouvent une demi-journée par semaine pendant quatre à six mois, en fonction du rythme des jeunes. Beaucoup sont également engagé·es dans un Contrat d’engagement jeune. Des séjours sportifs et citoyens viennent compléter l’accompagnement.
À Boulogne-sur-Mer, le volume horaire a doublé pour répondre à une demande croissante et à des besoins identifiés plus larges. À Crépy-en-Valois, le programme accueillera des jeunes en CEJ comme des jeunes qui n’y sont pas inscrits. À Armentières, aucun des participant·es n’était en CEJ. Chaque site construit sa propre cohérence.
Des éducateur·rices sociosportif·ves référent·es sont positionné·es sur chaque territoire. Leur mission : déployer le programme, accompagner les cohortes, entretenir le partenariat local. C’est l’opérationnel terrain. Sophie, elle, coordonne l’ensemble de la région, travaille l’essaimage, recherche les financements, entretient les liens avec les partenaires institutionnels et peut prendre le relais auprès des jeunes si nécessaire.
Du sport comme finalité au sport comme média
L’évolution la plus significative depuis 2023 n’est pas géographique, elle est pédagogique. « Au début, on était éducateur·rices sportifs, centré·es sur la pratique sportive avec un angle santé. En fait, ce n’est pas le cœur du projet. Le cœur, c’est le renforcement des compétences psychosociales », analyse Sophie.
Ce changement de posture a tout changé. Avant, les professionnel·les choisissaient d’abord la pratique sportive à proposer. Aujourd’hui, ils et elles partent d’une observation attentive du jeune, de ses besoins spécifiques en renforcement de CPS, et c’est ce diagnostic qui détermine le programme. L’activité physique reste présente, mais comme support, comme médium ludique au service d’un objectif d’insertion sociale et professionnelle. « L’activité physique est juste un média pour arriver à être dans le renforcement des CPS. On replace le jeune au centre et on part de ses besoins à lui pour construire autour. »
Des ateliers conçus à partir des besoins des jeunes
À Boulogne-sur-Mer, l’équipe a développé un volet professionnel en adéquation avec la demande de la Mission locale. Les référent·es LSJ ont construit une offre complémentaire de celle proposée par ce partenaire, en s’appuyant sur des intervenant·es extérieur·es.
Parmi les ateliers mis en place :
- un travail sur les forces et qualités des jeunes via un facilitateur graphique, qui aide les participant·es à représenter visuellement ce qui les définit pour ne pas être démuni·es lors d’un entretien d’embauche.
- Un atelier dit « pierres de guai » leur permet de se fixer un objectif, puis de décomposer pas à pas les étapes pour y parvenir, en travaillant la capacité à se projeter et à évaluer la faisabilité d’un projet.
- La plateforme MyJobGlasses est utilisée pour échanger avec des professionnel·les sur leurs métiers, leurs missions. Les jeunes ont la possibilité de choisir un profil spécifique parmi plus de 1500 inscrit·es sur cette plateforme.
À chaque intervention d’un·e professionnel·le extérieur·e, les jeunes découvrent aussi un parcours, une reconversion, un métier qu’ils et elles n’avaient peut-être pas imaginé accessible. « On veut leur ouvrir le champ des possibles », résume Sophie.
Sur les territoires d’Amiens et de Crépy-en-Valois, cet axe professionnel existait déjà lors des séjours, via la rencontre avec des professionnel·les de bases de loisirs, des métiers de l’animation et du sport. L’approche s’est structurée et enrichie au fil du temps.
Un tissu partenarial construit dans la durée
L’autre grande évolution tient aux partenariats. En 2023, l’URSLL HDF travaillait principalement avec les Missions locales et France Travail. Aujourd’hui, des associations d’éducation spécialisée intervenant dans les quartiers orientent des jeunes vers le programme. Des organismes de formation ouvrent leurs portes pour que les jeunes osent y entrer, osent se projeter dans une formation. « Nous avons progressivement créé un tissu partenarial, ce n’était pas le cas en 2023. Maintenant nous le mobilisons régulièrement pour accompagner au mieux les jeunes, en fonction de leurs besoins et de leurs projets », complète Sophie.
Ce réseau, les référent·es le construisent dans la durée, par leur présence sur les territoires, leur connaissance fine des acteur·rices locaux·ales, leur capacité à identifier les besoins et à créer les partenariats adéquats.
Le lien avec les jeunes, au cœur de la pratique
Interrogée sur ce qui la motive dans ce travail, Sophie parle d’abord du lien : « quand on démarre avec les jeunes, on les découvre, puis on crée une relation de confiance et au final, ils se confient souvent à nous. »
Elle évoque les jeunes qui reviennent après l’accompagnement pour donner des nouvelles, même après avoir décroché pendant le programme. Les parcours se construisent dans le temps long : « on ne voit pas toujours le changement du jeune pendant le parcours. Parfois il décroche et on le revoit quelques mois plus tard et on constate son évolution. »
Perspectives : consolider, essaimer, relier
La dynamique initiée et déployée par l’équipe de l’URSLL HDF se poursuit. Si Armentières reste en attente d’un financement pour une nouvelle cohorte de jeunes, les liens avec les partenaires locaux sont maintenus. Boulogne-sur-Mer continue de se développer. Amiens, avec trois cohortes par an sur la ville et trois autres dans l’agglomération, est désormais dans une phase de consolidation et de renforcement des ateliers. Crépy-en-Valois se met en route et tourne déjà très bien, ce qui est encourageant pour une évolution sur ce territoire, à la fois sur le nombre de cohortes mais aussi pour l’accompagnement proposé.
Les échanges sont engagés sur le bassin Liévin-Lens pour évaluer la pertinence d’un déploiement. Et un objectif plus structurant se dessine : articuler Léo Sport Fairplay, qui accompagne des jeunes de 13 à 16 ans suivi·es par la Protection judiciaire de la jeunesse, avec Léo Sport Job, en basculant les jeunes d’un programme à l’autre dès leurs 16 ans. Une continuité de parcours, territoire par territoire.
« Il y a beaucoup d’opportunités et notre programme a un impact sur les parcours de vie des jeunes. À nous de poursuivre en trouvant les financements et en sécurisant l’existant. La volonté est là : continuer à essaimer ! » conclut la professionnelle.





Pour garder le contact :
Sophie Petit
Cheffe de projet Léo Sport Job/Fair Play
sophie.petit@leolagrange.org
Pour aller plus loin, retrouvez l’expérience Léo Sport Job en Nouvelle-Aquitaine : le sport et l’animation comme levier d’insertion




