Dans les structures de proximité du réseau Léo Lagrange, des femmes et des hommes donnent de leur temps, chaque semaine, pour aider des personnes étrangères à apprendre le français, à lire, à écrire, à se faire comprendre. De cet engagement naissent des rencontres inattendues, des échanges humains profonds et une transformation réciproque : celle des apprenant·e·s, bien sûr, mais aussi, et autant, celle des bénévoles eux-mêmes. Portrait collectif, à Paris, à Rennes et à Mainvilliers.
Tisser des liens et être utile : la motivation première des bénévoles
Ils et elles n’avaient pas forcément prévu de devenir intervenant·es FLE ou alphabétisation. Catherine, arrivée au centre social Noguès à Paris en 2009 pour faire de l’aide aux devoirs, a bifurqué presque par hasard vers le FLE après une rencontre lors d’une porte ouverte. Hélène, à l’association 3 Regards à Rennes, dit être « tombée en extase pendant une porte ouverte des cours de FLE » ! Lors de son départ à la retraite, Muriel ne voulait surtout pas rester chez elle, inactive : « je voulais voir du monde, me sentir utile. Être en lien avec d’autres, c’est tellement important ». Alain a rencontré Gildas, déjà bénévole, dans un cours de musique à l’association 3 Regards, affiliée à Léo Lagrange : « lorsqu’il m’a proposé de tester le FLE, ça a été un déclic, j’ai tout de suite aimé l’activité ».
Quant à Gildas, c’est aussi l’arrivée de la retraite qui a été déterminante : « j’avais envie de militer, de m’investir à 3 Regards et de ne pas être seulement consommateur d’activité. »
Ce qui interpelle dans tous ces récits, c’est la même envie : l’envie de rencontrer de nouvelles personnes et d’être utile, la découverte du bénévolat FLE souvent par hasard et un parcours d’engagement qui dure depuis des années !
La réciprocité, au cœur de l’action
La clé de la longévité de leur engagement ? La richesse des rencontres, les relations humaines créés avec les apprenant·es et les autres bénévoles. Des liens forts avec ceux et celles qui viennent apprendre une langue après des parcours de vie parfois traumatisants. Toutes et tous partagent de multiples anecdotes sur ces rencontres et liens qu’ils ont tissé au fil des années.
Catherine évoque une apprenante qui l’a invitée à voir son nouveau-né chez elle. Un mariage auquel elle a été conviée. Une lettre collective que les apprenant·e·s ont adressée à la directrice du centre social Noguès pour pouvoir rester avec elle, même en changeant de niveau. « Quand ils partent en vacances, ils nous rapportent un souvenir, comme si on faisait partie de la famille ! » raconte la bénévole.
Muriel se souvient d’un moment particulier : quand son mari était malade, les apprenant·e·s prenaient de ses nouvelles et lui disaient de prendre soin d’elle,: « C’est pour ça que je me sens proche d’eux », confie-t-elle.
Alain décrit avec enthousiasme la richesse des rencontres interculturelles permises par les cours de FLE : « ça m’a tellement enrichi de découvrir toutes ces cultures, toute cette diversité ! Avant ce bénévolat, je n’avais jamais rencontré autant d’origines ethniques différentes ! »
Gildas, raconte l’initiative de cette année au sein de l’association 3 Regards : « nous avons ouvert un cours d’arabe animé par un couple syrien. Les bénévoles FLE y participent comme apprenant·e·s. Quand on est prof, on croit que c’est facile pour l’apprenant. Et là on inverse les rôles. On voit qu’il faut aller doucement, répéter, revenir en arrière. Et c’est toujours dans la bonne humeur ! »
Des parcours de vie qui forcent l’admiration
Oumou, salariée référente FLE au centre social de Mainvilliers, accompagne des groupes aux profils très différents. Certaines personnes viennent depuis les années 1990, non plus pour progresser vraiment à l’écrit, mais pour maintenir un lien social qui serait inexistant sans ces cours. D’autres, plus jeunes, apprennent à lire pour pouvoir suivre les devoirs de leurs enfants, échanger avec leurs enseignant·e·s, utiliser les outils numériques du quotidien.
Des parcours d’exil souvent difficiles se dessinent en creux dans ces cours du mardi matin et du jeudi après-midi. Muriel, qui anime un groupe d’alphabétisation depuis huit ans, dit admirer profondément ses apprenant·e·s : « Ils ont des parcours de vie tellement difficiles et pourtant ils n’arrêtent pas de nous remercier ! » Ce qu’elle observe dans leurs yeux quand ils réussissent à lire un mot, à tenir un stylo, à rédiger une phrase, c’est aussi ce qui la nourrit, semaine après semaine. « C’est très valorisant pour eux. Et pour moi aussi ! »
Témoignage similaire de Christiane : « rencontrer tous ces parcours de vie, tellement durs et se rendre utiles pour eux : on se fait accrocher par le cœur ! »
À Paris, quand un·e apprenant·e réussit son examen de DELF, un examen qui peut peser dans un dossier de régularisation, toute l’équipe bénévole ressent quelque chose. Catherine parle d’une complicité qui se construit dans la durée, et d’une activité intellectuellement stimulante.
Tout comme Gildas : « être en relation quotidiennement ralentit le vieillissement, exercer son cerveau, c’est une source de régénérescence. Ça nous maintient actifs ! »
« On voudrait partager ce qu’on vit en tant que bénévole ! »
L’enthousiasme de ces bénévoles est communicatif ! Leur engagement, chevillé au corps, ne s’arrête pas à la porte de leur association. Il·elles en parlent souvent autour d’eux, à leurs proches, à d’autres usager·ères qui pourraient s’investir. Chacun·e essaie, à sa manière, de convaincre et s’appuie pour cela sur son propre vécu, tel Alain qui confie : « le bénévolat nous aide à nous épanouir, quelque soit notre âge et le moment de notre vie ! » et Hélène qui poursuit : « on reçoit tellement des apprenants qu’on en parle souvent autour de nous ! On voudrait partager ce qu’on vit en tant que bénévole, que d’autres le découvrent aussi ! ».
Faut-il avoir été enseignant·e pour se lancer ou disposer de compétences spécifiques pour s’engager ? Absolument pas : « Je n’avais pas d’expérience professionnelle en FLE, j’ai mobilisé mon expérience personnelle et j’ai suivi une formation avec la référente FLE du centre social. Puis j’ai construit ma pratique au fil des séances. » explique Muriel.
Catherine complète : « On aime les gens, pas besoin d’avoir été enseignant avant ! Par contre, il faut de la patience, chaque apprenant est différent et on doit s’adapter. »
Hélène, elle, a une formule qui vaut tous les discours : « Viens donc, on s’amuse bien ! ». Dans le même registre Christiane affirme : « la rencontre entre nous, bénévoles, est aussi formidable ! On est devenu une famille. »
Le bénévolat FLE et alphabétisation dans les centres sociaux Léo Lagrange s’adresse à toutes les personnes, actives ou à la retraite, qui ont quelques heures à partager, le goût des autres et l’envie de se sentir utile. Tout comme toutes les activités bénévoles possibles dans nos structures de proximité et associations affiliées.
Et si la prochaine porte que vous poussiez était celle d’un cours de français ou d’une association ?

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