Réunis pendant deux jours au siège parisien de la fédération, des volontaires en service civique venus de l’Ouest et de Nord-Île-de-France ont participé à une formation civique et citoyenne mutualisée mêlant échanges d’expériences, réflexion collective et débats autour de grands enjeux de société.
Les 16 et 17 avril 2026, une formation civique et citoyenne (FCC) a réuni au siège parisien de la fédération des volontaires en service civique issus des territoires Ouest et Nord-Île-de-France. Animée par Emeline Marchesse, coordinatrice jeunesse Léo Lagrange Animation en région Ouest, et Clément Piat, chargé d’intervention et de formation au pôle engagement en région Nord-Est, avec l’appui de Paul Masseron, juriste et référent national service civique, cette session a permis à neuf jeunes aux parcours variés d’échanger autour de leurs missions, de leurs droits et de grands enjeux de société.
Prévue dans le cadre réglementaire du service civique, la FCC est une formation obligatoire que chaque volontaire suit deux fois au cours de sa mission. Cette deuxième session, dite d’« approfondissement », intervient après plusieurs mois d’engagement : les volontaires y arrivent avec du recul, des expériences vécues et des questions concrètes. La Fédération Léo Lagrange s’appuie pour cela sur l’expertise de son pôle engagement, qui conçoit et anime ces formations en y intégrant ses domaines d’intervention prioritaires, dont la lutte contre les discriminations.
Cette mutualisation a permis de créer un espace d’échanges particulièrement riche entre volontaires issus de structures, de territoires et de réalités très différentes, et, pour plusieurs d’entre eux venus de l’Ouest, de vivre une première expérience de mobilité jusqu’à Paris.
Des parcours variés qui enrichissent les échanges
De l’animation périscolaire aux projets intergénérationnels dans des structures Léo, en passant par le soutien scolaire, l’accompagnement à l’insertion professionnelle avec Plan Job, les actions éducatives portées par l’association ERA93, affiliée à la fédération, ou encore les missions de sensibilisation aux droits menées avec le programme JADE (Jeunes ambassadeurs des droits de l’enfant) du Défenseur des droits, les volontaires présent.es représentaient une grande diversité d’engagements et de publics. Plusieurs volontaires internationaux, notamment venus du Bénin dans le cadre de partenariats portés par la fédération, participaient également à la session. Cette diversité a fortement contribué à la dynamique du groupe.
Du côté des jeunes, les échanges ont rapidement dépassé le simple cadre de la formation. Les expériences partagées, les différences de missions ou encore les réalités de terrain ont nourri les discussions tout au long des deux journées.
Mieux comprendre ses droits et son cadre d’engagement
La première journée était consacrée au cadre du service civique : statut, droits, devoirs et fonctionnement des missions.
À travers un format participatif mêlant questions-réponses et échanges collectifs, les volontaires ont pu revenir sur plusieurs aspects essentiels : le lien avec le tuteur.rice, les conditions d’exercice de la mission, les modalités de rupture du contrat ou encore les limites du temps d’engagement.
Les discussions ont également permis de rappeler certains principes défendus par la fédération, notamment le respect du droit au temps libre avec des missions limitées à 28 heures hebdomadaires maximum.
« Je savais ce que je faisais dans ma mission, mais pas forcément tous mes droits. Là, on peut avoir des réponses directes aux situations qu’on rencontre, et prendre conscience de ce qui sort du cadre », confie un volontaire au sujet de la formation.
L’intervention de Paul Masseron, référent national service civique et juriste, a permis d’apporter des réponses précises aux interrogations des jeunes et de clarifier certaines situations rencontrées sur le terrain.
« C’est un moment privilégié pour rappeler le cadre, rassurer, voire alerter si nécessaire », explique Emeline Marchesse. « Les FCC permettent aussi d’identifier d’éventuelles difficultés liées aux missions ou à la relation avec les structures d’accueil. »
Discriminations, genre et violences éducatives : débattre pour mieux comprendre
Pour cette deuxième FCC, la Fédération Léo Lagrange a fait le choix d’axer les contenus sur les discriminations, le genre et les violences éducatives ordinaires : des thématiques au cœur de l’expertise du pôle engagement et particulièrement pertinentes dans le parcours de jeunes amenés à intervenir auprès de publics variés. Comme le souligne Clément Piat : « c’est grâce aux débats entre volontaires, de structures, de milieux et de pays différents, que les ateliers ont permis des prises de conscience sur les discriminations ». Les discriminations ont ainsi constitué l’un des temps forts de la formation, aux côtés des questions de genre, de laïcité et de violences éducatives ordinaires.
« Tout comme la lutte contre les discriminations et le genre, les violences éducatives ordinaires font partie des sujets abordés dans le programme Démocratie et Courage », explique Clément Piat.
Habituellement utilisé dans le cadre d’interventions auprès des 12-18 ans, ce programme a été adapté au format FCC afin de favoriser la participation et l’expression des volontaires.
« Nous avons repris certains modules pour construire une formation très participative, qui valorise l’expérience des participants », précise-t-il.
Plusieurs ateliers ont rythmé les échanges : un « pictionary » autour des stéréotypes, un « mur des insultes » mettant en lumière l’origine et la portée de certains termes sexistes, racistes ou homophobes, ainsi que des mises en situation autour des discriminations.
« On utilise parfois des mots sans savoir ce qu’il y a derrière. C’est important d’être formé à ce sujet, surtout quand on intervient auprès de publics jeunes », a réagi un participant.
Le racisme a été la thématique la plus spontanément abordée par les participants, souvent en lien avec des expériences vécues. Les échanges, libres et sans jugement, ont permis de faire émerger des prises de conscience collectives.
Un atelier de positionnement a particulièrement marqué les volontaires. Face à une situation de discrimination, chacun devait défendre une posture : agir, prévenir ou ne rien faire. « Ce sont les arguments des participants qui doivent convaincre les autres volontaires », explique Clément Piat. « Il est particulièrement marquant de voir certains passer d’une position de complice à celle de défenseur des droits face à une discrimination. »
Une pédagogie participative pour favoriser la parole
L’un des principes centraux de la FCC repose sur une approche non descendante, laissant une large place aux échanges, aux débats et aux expériences personnelles.
« Ce qui caractérise ces formations, c’est la possibilité de choisir ce que l’on va creuser, sans jugement, sans “mauvaise réponse” », souligne Emeline Marchesse. « L’idée est que chacun puisse s’exprimer librement via différents formats participatifs, sans être gêné de prendre la parole. »
Cette pédagogie active a largement contribué à l’implication du groupe et à la qualité des discussions. « À l’origine, je ne prends jamais la parole. Je me suis amélioré sur ça au cours de mes missions, et je m’en rends vraiment compte maintenant, quand je parle de mon parcours avec les autres services civiques », explique un volontaire.
Mobilité et autonomie : des enjeux éducatifs à part entière
Au-delà des contenus pédagogiques, cette FCC a également mis en lumière un enjeu central du service civique : la mobilité et l’autonomie des jeunes.
Pour plusieurs volontaires venus de l’Ouest, le déplacement jusqu’à Paris représentait déjà une expérience importante. « Cela leur a permis de travailler sur l’autonomie et la mobilité, avec parfois plusieurs premières fois : découverte du métro, de la capitale, du rythme parisien… sans oublier l’admiration de la tour Eiffel et le fait de dormir à Paris », raconte Emeline Marchesse.
Ces expériences participent pleinement au parcours des volontaires et à leur montée en confiance. Le service civique devient alors aussi un espace d’émancipation, permettant à certains jeunes d’élargir progressivement leur horizon géographique et personnel.
La formation a également favorisé la création de liens entre participant.es. « Les réseaux sociaux ont été échangés, et l’envie de se revoir, virtuellement ou en présentiel, est bien là », ajoute Emeline Marchesse.
Une formation au cœur du parcours des volontaires
Entre rappels juridiques, débats collectifs et échanges d’expériences, cette formation civique et citoyenne a pleinement joué son rôle d’espace d’apprentissage, de réflexion et de prise de recul sur l’engagement des jeunes.
Dans un contexte contraint, la mutualisation des sessions apparaît comme une réponse pertinente pour maintenir ces temps essentiels, tout en renforçant leur richesse grâce à la diversité des profils réunis. « On ne vit pas tous la même mission, mais en échangeant, on se rend compte qu’on se retrouve sur beaucoup de situations », résume un volontaire, et de conclure : « On repart avec des réponses, mais aussi avec une autre vision des choses ».




