A Salins-les-Bains, dans le Jura, Lucile Grand est responsable du Secteur Jeunes – Hub Léo au sein de la structure Enfance-Jeunesse Léo Lagrange Animation. Engagée depuis ses 17 ans dans l’animation, elle défend une éducation populaire fondée sur la bienveillance, la coéducation, et l’accès à la culture pour toutes et tous. Cinéma, batucada, projets collectifs : pour elle, accompagner les adolescent·es, c’est leur permettre de prendre confiance, d’oser et de construire des souvenirs qui comptent.
Salins, elle connait bien : c’est ici que Lucile a grandi, et a effectué son stage pratique BAFA avec Léo Lagrange à ses 17 ans. Depuis, Lucile n’est plus vraiment repartie. Dès 2011, l’animation de temps d’activités périscolaire de la ville qui convainc la professionnelle de son goût pour l’animation, et sa trajectoire se construit aussi grâce aux rencontres. Sa première directrice joue un rôle déterminant : « Elle m’a formée de A à Z sur tout ce que je sais faire aujourd’hui. Son dynamisme, sa motivation, je lui dois beaucoup. »
En 2017, lorsqu’on lui propose de reprendre la responsabilité du secteur jeunes (11 – 17 ans), elle hésite. « Je ne me sentais pas les épaules. » Elle accepte pourtant le défi, se forme, passe son BAFD, et s’installe progressivement dans la fonction.
Un espace de confiance pour les adolescents
Aujourd’hui, Lucile partage son temps entre interventions en lien avec le collège voisin, ouverture du local, accompagnement de projets et organisation de séjours. Mais au-delà des activités, c’est une posture qu’elle revendique : « Ma posture d’animateur, c’est celle que j’aurais aimé avoir en face de moi étant ado. À l’adolescence, on se façonne, on se sculpte pour devenir de supers adultes. »
Elle insiste sur l’importance du cadre. « Je veux que ça soit un climat de bienveillance, d’empathie. » À un âge où les rapports peuvent être rudes, le secteur jeunes se dessine comme un espace où chacun peut trouver sa place. Pour certain·es jeunes usagers, c’est même « un petit cocon ».
Lucile inscrit son action dans une logique de coéducation, en lien étroit avec les familles, le collège et l’école primaire de la ville : « Si on arrive à entretenir des super liens avec les parents et avec l’éducation nationale (…) on est vraiment quelque chose de super fort pour l’enfant. »
La culture comme levier d’émancipation
À Salins-les-Bains, la culture occupe une place centrale dans le projet jeunesse. Musique, cinéma, création collective : autant de supports pour travailler la confiance, l’engagement et l’esprit critique. Lucile fait d’ailleurs partie du Groupe Art et Culture de Léo Lagrange !
La batucada (découverte lors d’un Hub citoyen à l’étranger avec la troupe grenobloise BatukaVi, fidèle partenaire des Hubs Léo), devient rapidement un projet structurant. Les jeunes poussent pour la développer localement, c’est la naissance de la troupe BatukaSa ! Lucile monte les dossiers, cherche des financements, organise les répétitions et les prestations. Au-delà de la pratique musicale, elle y voit un apprentissage exigeant : « Je trouve qu’il y a 3 qualités à avoir pour faire de la batucada : le rythme, la mémoire, et la motivation. »
Se produire en public, tenir sa place dans un collectif, dépasser le regard des autres : l’expérience transforme. Depuis 2024, BatukaSa multiplie les représentations, jusqu’à ses premières rémunérations !
En parallèle des percussions brésiliennes, le cinéma suit une trajectoire similaire ! D’un premier projet expérimental, les jeunes passent à des courts-métrages plus ambitieux, puis à une série réalisée sur plusieurs saisons, avec l’appui de professionnels et des soutiens comme Passeurs d’images. Un festival local voit même le jour, et les récompenses s’accumulent pour les courts métrages produits à Salins par les jeunes ! En 2025, les jeunes jurassiens qu’elle accompagne sont invités au festival Cannes Série : une belle récompense de leur travail et de leur créativité au service de la création d’une série.
Découvrez quelques films réalisés par les jeunes de Salins-les-Bains :
- Pour le concours « Jeunesse pour l’égalité » de l’Observatoire des inégalités : « Oseriez-vous ? » – Les inégalités femmes / hommes vues par les jeunes – Lauréats 11-15 ans en 2021
- Pour le concours « Les 6h de Doles » :
- « Dans l’ombre » – Film lauréat en 2019
- « Le bunker » – Film lauréat en 2022
- Pour le concours « Je filme le métier qui me plait »
- « Parcours métiers – Les bâtisseurs » – Clap d’argent en 2021
- « Parcours métiers – SuperDirecteurs » – Clap d’argent régional en 2022
Ce que Lucile recherche à travers ces projets est simple et profond à la fois : « On crée du souvenir. » Elle voit les effets dans le temps. Des jeunes reviennent, des années plus tard, évoquer un tournage, une scène, un moment fondateur. « Notre premier court-métrage, c’était quand elle était en CE2. Puis en 3e, elle a fait son oral de 3e au brevet sur le Secteur jeunes », raconte-t-elle à propos d’une ancienne participante aujourd’hui devenue professeure de théâtre.
Une boussole claire
L’engagement de Lucile repose sur des convictions affirmées. « Pour moi, l’égalité des sexes est primordiale, et j’essaie de passer cette valeur aux jeunes filles et garçons pour atteindre cette égalité. » Elle revendique aussi l’empathie comme fondement du métier : « Rien que de l’empathie : tu comprends ce que vit l’autre (…) et pour moi c’est la base d’une super animation. »
À Salins-les-Bains, elle construit avec ses collègues et ses partenaires éducatifs un secteur jeunes exigeant, vivant, ancré dans son territoire. Un espace où l’on débat, où l’on crée, où l’on ose. Et où l’on apprend, surtout, à devenir soi.




